© Peuples Noirs Peuples Africains no. 7-8 (1979) 7-89



Interview de M.-J. Protais à « Sud-Ouest-Dimanche »

MARIE-JOSE PROTAIS :
« CHACUN PEUT ETRE UN JOUR UN TORTURE OU UN TORTIONNAIRE »

Marie-José Protais, présidente depuis huit mois de la section française Amnesty International, abandonne, cette semaine, ses fonctions à la tête de cette organisation de défense des droits de l'homme. Elève d'une école dominicaine et d'un collège jésuite, elle a fréquenté l'Institut des sciences politiques, l'Ecole pratique des hautes études et la Faculté des sciences économiques.

Vous abandonnez donc, cette semaine, votre poste à la tête de la section française Amnesty International. Pourquoi ? S'agit-il d'une démission ?

– Pas du tout. Mon mandat arrivait naturellement à expiration. Je ne me représente simplement pas. Je pense que j'ai pris trop de place dans l'organisation. Il faut savoir retourner à la base.

Quelles étaient vos fonctions exactes ?

– Le rôle du président – ou de la présidente – est très varié. Il participe à des réunions, à des débats; il organise, assure les relations extérieures... Tout cela demande à la fois une connaissance parfaite des rouages de l'organisation et une grande disponibilité. Il faut également être parisien.
[PAGE 8]

Comment avez-vous été amenée à militer au sein Amnesty ?

– Je voudrais d'abord préciser que nous n'aimons guère le mot « militant ». Parlons plutôt d'une personne qui s'engage moralement à faire certaines activités demandées par une organisation. Personnellement, je me suis toujours sentie internationaliste. La guerre, comme les frontières, me semblaient absurdes. J'ai d'ailleurs commencé par collaborer à une organisation proche de I'O.N.U. avant de me tourner vers Amnesty, dont j'ai fondé la section française.

Si vous aviez été femme d'ouvrier, élevant difficilement trois enfants, auriez-vous eu la même démarche ?

– J'aurais peut-être eu la même démarche, mais pas la possibilité de le faire. Amnesty n'est qu'un outil dans la trousse à outils, et pas du tout la pince universelle. On peut militer pour Amnesty dans son foyer. En ayant une approche non raciste, internationaliste de l'individu pour l'individu. En enseignant la liberté par la liberté.

Vos motivations sont-elles représentatives de l'ensemble des adhérents ?

– Non. La section française, qui compte dix mille membres, répartis en cent quarante sections, est d'une composition très hétérogène. On y rencontre d'abord ce que j'appellerai des « dames tricoteuses », qui écrivent des lettres, envoient des colis aux prisonniers. Il y a également quelques jeunes intellectuels gauchistes, qui en ont eu assez de sculpter de la fumée. Il existe enfin une troisième catégorie, majoritaire et finalement plus dangereuse pour Amnesty, composée de libéraux occidentaux pour qui l'humanisme devient un combat politique. J'en fait d'ailleurs partie, bien que j'essaie de m'en défendre.

Comment des gens si différents peuvent-ils travailler ensemble ?

– C'est précisément le miracle permanent qu'accomplit Amnesty International. Voyez la différence qui existe entre la section de Besançon, constituée de gauchistes, et celle de Nice, qui se réunissait à l'hôtel Sofitel. Pourtant, tous ces gens réussissent à s'entendre lorsqu'il s'agit de travailler sur une plate-forme étroite et pratique.

La défense des droits de l'homme n'est donc pas, en France, l'apanage de la gauche ?

– Non, pourquoi le serait-elle ? C'était vrai au début du [PAGE 9] siècle. Plus aujourd'hui. Il est cependant exact que nous ne touchons pas les gens d'extrême-droite.

Vous n'avez également pas bonne presse à l'étranger !

– Nous réussissons à faire l'unanimité contre nous. Nous sommes attaqués par tout le monde et de tous les bords. On ne nous aime guère parce que nous essayons un peu d'être la morale des autres.

Défendre la liberté de l'homme, n'est-ce pas une manière de justifier la sienne, de se donner bonne conscience ?

– Evidemment. Mais il ne faut jamais se satisfaire de la situation dans son propre pays. Tout peut arriver. Il faut faire prendre conscience aux gens qu'ils peuvent devenir un jour, soit des torturés, soit des tortionnaires.

(Propos recueillis par P. V. D.)

(« Sud-Ouest-Dimanche », 27 novembre 1977.)

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2

Bayonne, le 6-11-78

Renée Destribats
Membre A.I. Gr. 76
21, place des Gascons
64100 Bayonne

              A Edith Trochard,
              62, rue Thomas-Dubosc 7
              6000 Rouen

Chère amie,

Nous avons bien reçu votre rapport sur l'affaire Mongo Beti. Ces faits sont inquiétants et pourraient paraître incroyables. Mais à la lumière de nos propres expériences, je ne peux pas douter de leur authenticité. Je reconnais le procédé qui consiste à « consulter » une personne tout en la mettant d'emblée dans une posture d'accusée, ce qui lui donne un sentiment de culpabilité (voir Kafka).

Ce qui est éminemment regrettable, est la difficulté des échanges « horizontaux » : chacun vit ses propres problèmes sans pouvoir profiter de l'expérience des autres, et ce n'est que lorsqu'ils atteignent le stade du conflit aigu qu'on peut, et encore très difficilement, en débattre en commun.
[PAGE 10]

Je dois, moi aussi, préciser que je n'appartiens à aucun mouvement politique ni confessionnel. J'ajoute que, à la suite d'interventions inqualifiables de la part du S.R. Aquitaine, et de la Commission « Vie des Groupes », le groupe 76 est presque anéanti. En tout cas, ses membres ont perdu confiance en A.I.S.F... J'ai écrit pour exposer cette situation à Aimé Léaud, en août dernier. Cette lettre est restée sans réponse.

En raison de ces circonstances, nous ne pouvons pas étudier en commun des problèmes tels que ceux de l'affaire Mongo Beti. Nous parvenons difficilement, pour le moment, à faire face à toutes nos tâches. Cette lettre est donc seulement mon point de vue en tant que membre d'A.I., bien que je sois aussi actuellement secrétaire du groupe 76 et responsable de la Coordination des Philippines.

En ce qui concerne l'affaire Mongo, Béti, je n'ai pas pu m'empêcher de faire le rapprochement avec des articles du journal « Sud-Ouest » dont je vous envoie une photocopie.

– une interview de M.-J. Protais. Je l'avais envoyé au Secrétariat de Paris en demandant s'il en avait eu connaissance. J'ajoutais que ce n'était pas ce genre d'articles qui allait accroître notre renommée ni inspirer confiance. M.-J. Protais, en personne, m'a écrit : elle pensait que le journaliste (qui n'a signé qu'avec ses initiales) avait voulu lui nuire. Ces propos n'étaient pas destinés à la publication. Mais elle ne nie pas les avoir tenus, et le moins qu'on puisse dire est que son comportement est désinvolte de la part d'une Présidente, et à la limite du mépris à l'égard des militants. C'est ce que toutes les « tricoteuses » de la région... et les autres, ont ressenti...

– ci-joint aussi, un article de Jean Lacouture à propos de l'Afrique. Jean Lacouture a des attaches dans la région. Il nous avait promis de faire une conférence pour nous. Puis, il s'est excusé, invoquant son état de santé, – ce qui ne l'a pas empêché de venir à Dax pour des corridas, et à Bayonne pour des matchs de rugby. Essayant de comprendre son attitude, je me demande s'il n'aurait pas, lui aussi, des doutes à propos de l'impartialité de A.I.-S.F. Peut-être, même, en sait-il plus long que nous sur ce point.

Car c'est ce qui risque d'arriver : si nous ne mettons pas nous-mêmes en cause certains comportements au sein d'A.I.S.F., d'autres, de l'extérieur, se chargeront de le faire, avec beaucoup plus de dégâts.
[PAGE 11]

De toutes façons, dans une organisation comme A.I., il faut être très lucide, sinon on court le risque d'être utilisé en vue de desseins qui nous échappent. Et, dans ce cas, nous serions complices involontaires.

Dans cette optique, j'ai relu les circulaires qui nous ont été envoyées en Octobre, et mon inquiétude n'a fait que grandir. Voici ce que je relève; et nous pourrions tous nous interroger sur ces points

Circulaire SF 78 N 508 :

A propos des adhésions :la nouvelle méthode (qui consiste à ne transmettre que les adresses d'éventuels adhérents, sans prendre les adhésions), a peut-être du bon, encore que cela complique les choses. Mais il faudrait que Paris nous notifie ensuite qui a réellement adhéré, Cette année, notre groupe n'a pas reçu un seul avis d'adhésion (ni de listes d'adhérents).

Audience à l'Elysée : Je lis « Il était entendu qu'elle serait confidentielle. » Qu'est-ce que ces « confidences » que nos responsables ont à faire au Président de la République ? N'est-il pas évident qu'A.I. n'est crédible que si les échanges avec les chefs d'Etat sont clairs et limpides ?

Election du C.E. : Quels étaient les candidats que la S.F. aurait pu choisir ? Qui a proposé celui-là ? Quel est son profil ? Sur quels critères précis a-t-il été choisi ? Est-ce « parce qu'il a été chercheur au S.I. et qu'il a organisé la Campagne Uruguay » ? On ne peut pas dire que cette campagne ait été un succès. Et une des raisons de l'échec est peut-être qu'il n'était fait nulle mention du rôle, pourtant déterminant, des U.S.A. en Amérique Latine... Voir aussi l'exposé de R. Lestienne sur le Moyen Orient (Cir. ST. 78 G 422).

Les problèmes des groupes : Les lettres de J. Heller, nous « invitant » à deux reprises (en Juin et en Octobre), à recommencer nos élections, alors que celles auxquelles nous avons procédé en Janvier sont tout à fait régulières, sont en opposition avec ces dispositions. Il est vrai que, si les S.R. ont fait préciser ces points, c'est qu'il y avait sans doute eu des problèmes similaires dans d'autres groupes.

A propos des S.R. : Sont-ils élus pour donner des ordres aux groupes ? Ne doivent-ils pas les consulter et leur donner un compte-rendu de leurs prises de position au sein du C.N. ?
[PAGE 12]

Circulaire SF 78 N 494 ter :

Inclinons-nous, tout d'abord, devant la belle déclaration de la p. 2... « Ceci n'empêche pas l'amitié et la chaude atmosphère d'un lieu de travail qui est aussi un lieu où l'histoire du monde se transforme grâce à l'action militante de notre association... » Dommage que l'auteur de cette belle littérature soit resté anonyme !

... Un peu plus loin, les termes sont, hélas ! plus prosaïques, en ce qui concerne les salaires. Et on peut noter la différence de traitement, dans tous les sens de ce ternie, entre les cadres et les employés. Alors que les salaires (modestes) des employés sont fixés avec précision, ceux des cadres sont compris dans la large « fourchette » de 2 000 F (de 4000 à 6000 F), ce qui met l'heure de bénévolat (à condition qu'on soit compétent, évidemment), à un tarif appréciable. Comme la « fourchette » est laissée à l'appréciation du Président sur ce critère très vague de « compétence », les cadres n'ont pas intérêt à le mécontenter...

Il se trouve que je connais Gloria Arbey, qui a des attaches dans la région. Bien que, lors de la création du groupe 76, nous ayons eu des entretiens chaleureux, elle n'en a pas moins, par la suite, en l'absence d'Edith Villain, et contre notre avis, créé le groupe de Biarritz. Dans ce secteur, peu ouvert aux problèmes dont nous nous occupons, Bayonne et Biarritz sont trop proches (6 km). De plus, il y a un problème de discrimination. Biarritz étant une ville nettement plus bourgeoise.

Lors de cette création de groupe, j'ai envoyé de vigoureuses protestations à Paris. C'était trop tard, et cela a été aussi une prise de conscience de problèmes plus vastes. J'ai pensé que ce ne serait peut-être qu'une « bavure ». Mais, quand les bavures se multiplient, comment faut-il les appeler ?

Si j'expose tout ceci – et je ne prétends pas parler de tous les problèmes, c'est que je crois qu'il est grand temps de considérer attentivement la situation. Je suis tout à fait d'accord avec vous pour :

– Demander l'annulation de l'éviction de Mongo Béti.
– Définir la liberté d'expression.
– Exiger le droit à l'information.
– Procéder à un contrôle de toutes les décisions qui pourraient paraître suspectes ou arbitraires.
[PAGE 13]

Mais tout ceci resterait au stade des vœux Pieux si on n'instituait une sorte de Commission des Litiges, dont les membres ne seraient pas les mêmes que ceux du C.N.

Ce « contrôle » accepté et normalisé serait dépourvu de tout caractère agressif et injurieux. Il éclairerait bien des doutes et assainirait l'atmosphère... Si le B.E. doit veiller à « rectifier le tir » du Secrétariat (Cir. SF 78 N 494 ter), p. 1, une Commission des Litiges permettrait, le cas échéant, de « rectifier le tir » du C.N., afin qu'il ne puisse plus mettre en cause l'impartialité de l'Association.

Je serais heureuse de savoir ce que vous pensez de ces suggestions, et aussi de savoir si les autres groupes ont réagi...

Meilleurs vœux et amitiés.

Renée Destribats,
Groupe 76.

P.S. : J'avais déjà écrit à Janine Ertaud.

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3

Bayonne, le 19 décembre 1978

Groupe 76 - France
21, place des Gascons
64100 Bayonne

              Aux membres du Conseil National
              d'Amnesty International S.F.

Mesdames, Messieurs,

La plupart des membres du groupe 76 n'ont pas participé à la réunion organisée par vos soins le 16 décembre à Bayonne. En voici les raisons :

– Plusieurs membres du groupe ont écrit à A. Marabout, votre « représentant ». Ils n'ont pas obtenu de réponse.
– Des membres du groupe (dont vous avez la liste), n'ont pas été convoqués : M.-G. Béthular, Hélène et Roger Poussel.
– Enfin, et surtout, cette affaire nous parait complètement faussée dès ses débuts, et, malgré toutes nos lettres, vous n'avez jamais voulu écouter notre point de vue. Aussi croyons-nous urgent et nécessaire de poser quelques questions de fond, valables pour tous les groupes :
[PAGE 14]

1o Lorsque les élections au sein d'un groupe ont été organisées avec le plus grand soin, que le compte rendu en a été fait sur un bulletin envoyé à tous les membres du groupe (vous en avez eu une copie), et que nulle contestation n'en a été faite dans les semaines qui ont suivi, peuvent-elles ou non être considérées comme régulières ? Le B.E., le C.N. ou une quelconque commission nationale peuvent-ils légitimement demander que ces élections soient recommencées comme vous l'avez fait ? (lettre de J. Heller et E. Villain en date du 12-6-78) ? N'est-ce pas, par là-même désavouer sans motif les responsables du dit groupe, accentuant ainsi les tensions et « difficultés psychologiques » ?

2o Les attributions des S.R. ont-elles été clairement définies ? N'a-t-il pas été dit qu'ils ne devaient pas faire « écran » entre les groupes et Paris ? S'ils le font, que se passe-t-il ? Est-il légitime qu'ils soutiennent constamment, au mépris de toute impartialité, des membres démissionnaires ou opposants d'un groupe, allant jusqu'à transmettre des plaintes sans en informer les responsables du groupe, ou en refusant de les leur communiquer ? Ont-ils le droit d'organiser dans une localité, des réunions, sans en informer le groupe du lieu ?

3o Le C.N. peut-il « juger » un groupe, et faire paraître les résultats des débats dans les circulaires nationales, sans en informer ledit groupe ? (S.F. 78 N 566 p. 5).

4o Quand un groupe a rempli ses tâches, et au-delà, puisque nous assurons la Coordination des Philippines, sans aucun avantage, peut-on retenir contre ce groupe le fait qu'il n'est pas à jour de sa cotisation – alors même qu'une partie de cette cotisation est entre les mains de démissionnaires, et que c'est à cause d'une d'elles que la conférence que nous avions organisée avec un écrivain a été annulée ? (lettre du 7-12-78 à la Commission « vie des groupes »). Ce sont les incessantes tracasseries qui ne nous ont pas permis de réunir cet argent.

Quels que soient les malheurs auxquels nous devons faire face, après des années d'engagement total, ils ne seront pas inutiles, si les questions que nous posons obtiennent une réponse. Tôt ou tard, il faudra la donner et ne pas se contenter de bulletins d'auto-satisfaction tels que ceux qui paraissent dans la « Chronique », qui pourraient donner à penser que tout va pour le mieux dans la S.F. Mieux vaudrait établir avec les groupes un dialogue avant que la [PAGE 15] situation locale ou nationale se dégrade tout à fait. C'est le vœu que nous formons. Serons-nous, enfin, entendus ?

Veuillez agréer nos sincères salutations.
(Lettre signée par neuf membres du groupe.)

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3 bis

Bayonne, le 27 décembre 1978


Groupe 76 - France
21, place des Gascons
64100 Bayonne

              Aux membres du Conseil National
              d'Amnesty International S.F.

Chers amis,

Nous avons bien reçu la lettre d'Alain Marabout qui aurait dû être adressée au groupe 76. Car, comme il a dû s'en rendre compte (et il avait été prévenu par des lettres de plusieurs d'entre nous), la plupart des membres actifs du groupe se sont volontairement abstenus d'aller à la réunion du 16 décembre. Nous constatons aussi que la lettre d'Alain Marabout n'est pas accompagnée d'un compte rendu de séance.

Mais, avant qu'elle ne nous parvienne, nous avions eu des rapports de ce qui y avait eu lieu. Il nous a été dit, entre autres choses, que si nous refusions de donner satisfaction aux membres « opposants », qui n'ont pas participé à notre action depuis des mois, nous pourrions courir le risque de voir la dissolution du groupe 76.

Or la situation actuelle est la conséquence d'erreurs très graves commises par le C.N. Si ces erreurs n'étaient pas réparées, ou si elles se reproduisaient, elles porteraient un préjudice, peut-être irréparable, à A.I. dans son ensemble. Comme, de toutes façons, la dissolution d'un groupe peut avoir des conséquences extrêmement fâcheuses, nous avons informé le C.E.I. des principaux points de cette affaire.

Nous pensons aussi qu'il y a de déplorables lacunes dans le règlement intérieur de la S.F. Il faut en prendre conscience avant la prochaine A.G. Nous en informons donc [PAGE 16] les groupes de la S.F. en leur envoyant une copie de la déclaration ci-jointe.

Veuillez agréer nos meilleures salutations.

Pour le groupe 76
La Secrétaire,
R. Destribats.

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4

A nos instances nationales
AMNESTY INTERNATIONAL
Section Française
Groupe de Perpignan

CE QUI NE PEUT PLUS DURER A A.I.S.F.

L'auteur de l'éditorial de la très substantielle chronique d'octobre, rédigé à Cambridge, s'interroge très pertinemment – et, sans doute, non moins opportunément – sur les problèmes que pose l'organisation d'A.I. au niveau international, en particulier sur le risque d'établissement, à la hauteur du S.I., d'une « technostructure », et sur la nécessité d'un contrôle politique permanent des militants : « Pourquoi, s'interroge-t-il, n'inventerions-nous pas maintenant un système de contrôle et d'orientation... pour redonner la parole aux membres des sections nationales ? »

Autrement dit, c'est poser la question – fondamentale pour une organisation comme A.I. – de la liaison de nature démocratique qui doit exister, sous peine de nous disqualifier dans notre combat pour la défense des droits de l'homme, entre nos instances internationales et nos instances nationales.

Nous ne saurions trop nous réjouir, au niveau des groupes, de ce que les représentants d'A.I.S.F. à Cambridge aient été sensibles à ce problème essentiel, surtout dans l'espoir qu'ils ne manqueront pas, de retour à Paris, de l'être aussi à celui non moins important des relations qui doivent exister entre eux et nous, groupes d'adoption.

L'aveu (méritoire) que les structures d'A.I.S.F. « sont loin de fonctionner de façon parfaite », nous laisse en effet [PAGE 17] espérer que la prise de conscience sur « ce qui ne peut plus durer à A.I.S.F. » est enfin en train de se faire.

Ce qui ne peut plus durer à A.I.S.F. c'est, en premier lieu et en première urgence, de l'avis des membres soussignés du groupe 46 de Perpignan, l'impossibilité pour les groupes d'exprimer éventuellement dans la Chronique, interrogations, réserves, désaccords, protestations, critiques, inquiétudes, etc. sur ce qui se dit, se décide et se fait au niveau du B.E. et du C.N. De même que nos instances nationales souhaitent qu'au niveau international la parole leur soit donnée, de même nous espérons désormais qu'au niveau national elles seront d'accord pour la donner aux groupes.

L'affaire Mongo Beti – sur laquelle, en raison du salubre vent de fronde qu'elle soulève partout au sein de la section française, nous tenons nous aussi à vous faire part ci-dessous de quelques réflexions particulières –, est loin d'être la seule qui suscite nos interrogations, critiques ou inquiétudes; elle n'est peut-être même pas la plus grave, car dans de nombreuses autres circonstances tout aussi caractéristiques d'un état d'esprit qui nous préoccupe, nous aurions déjà souhaité pouvoir, par le canal d'une tribune libre dans la Chronique, soumettre amicalement nos soucis aux autres groupes et connaître les leurs.

Nous aurions, par exemple, souhaité pouvoir dire :

– Que la publication en son temps par A.I.S.F. d'une carte faisant du Vietnam du Nord un pays sans torture était peut-être pour le moins une imprudence.
– Que l'affirmation dans un C.N. de cette année selon laquelle « il n'y a contestation que s'il y a pouvoir, or il n'y a pas de pouvoir à AJ. », était peut-être une affirmation pour le moins hardie.
– Que ce n'était peut-être pas faire de l'« angélisme » comme on nous l'a savoureusement reproché (par téléphone), que dénoncer comme antidémocratiques certaines dispositions de notre règlement intérieur, du genre de : « Le B.E. statue sans avoir à motiver publiquement un éventuel refus d'agrément. »
– Qu'avoir dû nous battre pendant plusieurs mois pour arracher une mise au point (peu satisfaisante, à nos yeux) au sujet du prix Lénine de Sean Mac Bride, (affaire dont on prétendait au surplus nous contester le droit de discuter au sein du groupe !) ne nous paraissait pas digne d'A.I.
– Que la conception de la Chronique « outil de [PAGE 18] formation » et non d'information, – lieu du consensus » et non lieu d'échange, nous paraissait discutable sinon même, du point de vue de Voltaire, injustifiable, et que l'ouverture d'une tribune libre s'imposait.
– Que la question des « cas nationaux » nous posait également problème : Comment, en effet, concilier la regrettable résolution générale adoptée à Mulhouse quant au « caractère exceptionnel » de la transmission des informations concernant lesdits cas, et la position inverse – qui nous satisfait pleinement – adoptée particulièrement à l'occasion des cas nationaux d'objection de conscience (Chronique d'octobre) selon laquelle connaître et faire connaître ces cas constitue un devoir pour tout membre d'A.I.
– Que l'exclusion, parmi nos sources de financement, des subventions des pouvoirs publics, nous semblait une disposition excellente, mais que la double exception explicitement et effrontément prévue, nationalement pour l'organisation d'un congrès et localement au bénéfice d'un groupe, nous paraissait une disposition exécrable.
– Que les dispositions récemment instituées pour les nouvelles adhésions, nous paraissaient encore plus ubuesques que celles que vous avez été obligés d'abandonner quant à la tutelle financière des groupes. Si je veux, catholique, faire baptiser mon dernier-né, mon curé devra-t-il d'abord demander la permission au Pape ?
– Que... que... que... Etc. etc. etc.

Et nous en arrivons à l'affaire Mongo Beti.

A l'affaire Mongo Beti, sur laquelle il y aurait beaucoup plus à dire que ce qui va suivre (Aimé Léaud ne l'ignore d'ailleurs pas), mais nous avons été déjà très longs et il faut nous limiter.

Pour vous, cette affaire est terminée. Pour nous, elle ne l'est pas.

Elle ne l'est pas sur deux plans celui des accusations portées par Mongo Beti, celui de la liberté d'expression au sein d'A.I.S.F.

Sur le plan des accusations portées par Mongo Beti.

A) Quant au peu d'activité d'A.I.S.F. en direction de l'ex-Afrique Noire française en général et du Cameroun en particulier (pour lequel Mongo Beti fait d'ailleurs état d'un cas précis de carence), il parait difficile de donner tort à l'intéressé. Apportons un élément d'appréciation chiffré [PAGE 19] sur 161 interventions du groupe de Perpignan depuis sa création, dans le cadre des « prisonniers du mois », nous n'en avons relevé que 5 en direction de ladite Afrique. C'est manifestement peu. Pourquoi ne pas le reconnaître ?

B) Quant au cas – précis lui aussi – de l'appartenance d'un de nos militants les plus en vue à un poste rédactionnel important à une publication financée par les Affaires Etrangères, cette appartenance, qui risque, à nos yeux, d'être dommageable à l'image de marque d'A.I.S.F., n'est-elle pas confirmée par la note Heller-Maréchal qui figure au dossier de recours ? Par contre, n'est pas confirmé l'exercice, dénoncé par Mongo Beti, de cette activité journalistique à la même adresse qu'A.I.S.F., 18, rue de Varenne. Qu'en est-il en vérité ? Si ce voisinage a bien existé, s'agit-il, comme nous l'espérons, d'un pur hasard ?

Sur le plan de la liberté d'expression au sein d'A.I.S.F.

Nous n'exigeons pas de nos instances nationales qu'elles adressent à Mongo Beti l'admirable interpellation de feu Mgr Riobé à Mgr Lefèbvre : « Je ne peux que vous aimer. » Mais nous demandons que cette liberté d'expression pour la défense de laquelle nous nous battons tous les jours, nous la respections d'abord entre nous, sous peine de perdre la face. Quand on condamne les juridictions d'exception, on ne se fait pas justice soi-même par le truchement d'une instance dont on a le « contrôle », pour employer votre vocabulaire. Si vous vous estimez diffamés par Mongo Beti, vous n'avez qu'à le citer devant le tribunal correctionnel, comme vous l'a suggéré le groupe de Lons-le-Saunier.

Dans sa réponse audit groupe, Aimé Léaud s'exprime ainsi : « Il est bien évident que le droit le plus légitime de toute association est de choisir ses membres et qu'il lui appartient de juger si leur comportement est compatible avec ses objectifs. » Est-ce si évident que çà ? Et si A.I. n'était pas, en raison de son engagement très particulier, une association comme les autres ? ainsi que le voyait très bien Aimé Léaud lui-même dans son remarquable éditorial de la Chronique de juin 1976 ? Nous opposerons également à Aimé Léaud ce qu'il a écrit – excellemment – dans sa note sur la position abolitionniste d'A.I. : « Accepter qu'il puisse être permis de décider qui mérite de vivre et qui ne le mérite pas, serait détruire la base de notre engagement. » S'il ne s'agit pas là d'une simple « parole verbale », [PAGE 20] comme disait Marcel Pagnol, est-ce que la question de décider qui mérite ou non d'être membre d'A.I.S.F. ne pose pas un problème du même ordre ? Le chemin où vous vous êtes engagés bien légèrement en excluant ou faisant exclure Mongo Beti, ne risque-t-il pas de vous faire tourner le dos à l'engagement fondamental d'A.I. de tolérance et de respect actif de la liberté d'expression ? Vous êtes-vous posé la question : Qu'en aurait pensé Voltaire ?

Aimé Léaud répond encore au groupe de Lons-le-Saunier

« Vous avec le droit d'estimer que les agissements reprochés à Mongo Beti ne constituent pas un motif suffisant d'exclusion. Mais puisque cet avis est en contradiction avec la décision de l'A.G., vous ne pouvez prétendre le faire prévaloir. » Loin de nous, à Perpignan (comme à Lons-le-Saunier, imaginons-nous) une telle prétention ! Nous demandons simplement, pour ceux d'entre nous qui estiment que l'exclusion de Mongo Beti a été une erreur, la possibilité de le dire dans la Chronique. Et nous le demandons au nom de Voltaire.

Tels sont, succinctement présentés, quelques-uns de nos plus notables griefs, désaccords et inquiétudes. Il y en a eu d'autres. Il y en a d'autres. Il y en aura d'autres. Ce n'est pas ce qui nous trouble. C'est conforme à ce que nous attendons d'une organisations démocratique.

Ce qui ne l'est pas, ce que nous ne pouvons admettre c'est que, à l'intérieur d'une association vouée en particulier à la défense de la liberté d'expression, ces griefs, désaccords et inquiétudes ne puissent jamais s'exprimer librement dans la Chronique.

Si cette situation persiste, il est certain que, très vite, ils s'exprimeront autrement, ils s'exprimeront ailleurs. (Mongo Beti aurait-il employé le ton qui lui est justement reproché, si les colonnes d'une tribune libre lui avaient été ouvertes ?)

Qui, alors, portera la responsabilité du préjudice pouvant en résulter pour A.I. et, par suite, pour les prisonniers qu'elle prend en charge ?

Nous attendons une réponse, une vraie réponse, cette dernière précision s'adressant particulièrement à Aimé Léaud qui doit savoir pourquoi.

Bernanos rappelle quelque part que les peuples sont libres par leurs mœurs, non par leurs lois. A Perpignan, les [PAGE 21] soussignés pensent que les mœurs en train de s'instaurer au sein d'A.I.S.F. ne sont pas propices à la liberté. Et ils l'écrivent comme ils le pensent.

Perpignan, le 24 novembre 1978.
(Ce document a été signé par 22 membres du groupe.)

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5

28 juillet 1978

André DEVILLE
Sauzon, 56360 Le Palais

              A AMNESTY INTERNATIONAL
              Section Française
              18, rue de Varenne, 75007 Paris

Dans Le Monde du 15 juillet dernier, j'ai lu avec intérêt l'article intitulé « En Chine – Les autorités n'ont pas répondu à des « demandes d'éclaircissements » d'AMNESTY INTERNATIONAL ».

Au-dessous de cet article, dans un encadré « publicité », j'ai lu avec surprise « QUAND LA SECTION FRANÇAISE D'AMNESTY INTERNATIONAL DECLARE, ELLE AUSSI, SES PROPRES OPPOSANTS INDESIRABLES ».

Je ne suis sans doute pas le premier, ni le seul, à vous signaler cela ? J'ai eu beau ratisser Le Monde, je n'ai jusqu'à ce jour trouvé aucune réponse ni mise au point par AMNESTY.

Bien entendu l'imagination me fournit un éventail d'hypothèses. J'aurais pu m'adresser à l'émetteur de cet encadré (Peuples noirs, Peuples africains : 341, rue des Pyrénées, 75020 Paris) mais je préfère, pour commencer, vous présenter à vous ma « demande d'éclaircissements ».

En attendant je continue, en solitaire ici, mon travail régulier avec AMNESTY.

Bien cordialement.

A. Deville.

Ci-joint : un timbre à 1,20 F pour votre réponse, les passages en question (Le Monde, 15-7-78).
[PAGE 22]

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6

Le 2 août 1978

M. André Deville
Sauzon, 56360 Le Palais

              AMNESTY INTERNATIONAL
              Section Française

Cher Monsieur,

Je réponds à votre lettre du 28 juillet.

L'auteur de la publicité parue dans Le Monde a déjà, en plusieurs occasions lancé publiquement des propos diffamatoires contre notre mouvement. Il en a été exclu par décision du Conseil national de la Section française en novembre 1977, décision qui a été confirmée par l'A.G. de Mulhouse.

La ligne de conduite suivie par A.I. consiste à ne publier des réponses ou des mises au point que lorsque des faits précis sont articulés à son encontre. Je pense que cette manière d'agir est bonne car elle nous évite de tomber dans les pièges de la provocation et de perdre notre temps dans des polémiques inutiles.

Recevez, cher Monsieur, mes cordiales salutations.

Président d'A.I.S.F.
Aimé Léaud,


[PAGE 23]

II

1

Article paru dans « S.O.S. - Cameroun » (bulletin du C.D.A.P.P.C.) mars 1977.
AMNESTY INTERNATIONAL
organisation humanitaire
par Mongo Beti

Les militants africains, les patriotes camerounais notamment, ne connaissent pas ou connaissent très mal Amnesty International : c'est là une situation regrettable. Car, s'il est vrai que les dirigeants de certaines sections nationales et particulièrement ceux de la section d'A.I. de France, sont soumis à de fortes pressions de leurs gouvernements, qui les transforment finalement en alibis de la guerre froide en les paralysant dans certains cas, une connaissance exacte des structures de cette organisation permet de faire circuler une information utile auprès d'un certain publie occidental dont la sincérité militante et démocratique n'est plus à démontrer.

Créée à Londres au début des années soixante, Amnesty International est en réalité une jeune organisation. On la doit à la brusque prise de conscience, dans certaines sphères de la gauche britannique, de l'importance de la répression politique à travers le monde, répression qui se concrétisait alors, comme aujourd'hui, particulièrement par un très [PAGE 24] grand nombre de prisonniers d'opinion, le plus souvent détenus sans procès, maltraités et même torturés dans le secret, au mépris des Droits de l'Homme proclamés par la charte de l'O.N.U. dont sont pourtant membres tous les Etats coupables de ces abus. Pour soulager les souffrances d'hommes et de femmes dont la dignité la plus élémentaire était ainsi bafouée, il s'agissait donc surtout de faire la publicité sur les cas les plus flagrants, dans l'espoir d'amener les gouvernements responsables à organiser des procès publics où les droits de la défense seraient respectés. La tâche que s'assigne Amnesty est donc surtout de dénonciation objective, autant dire d'information. C'est cette particularité qui devrait persuader les militants africains, les patriotes camerounais particulièrement, de s'intéresser aux activités d'A.I., et notamment à sa base présente dans toutes les grandes villes d'Europe Occidentale.

Car en moins de deux décennies, A.I., débordant le territoire britannique, a implanté des sections nationales à peu près dans tous les pays occidentaux, et notamment en France dont la section nationale a pour adresse : 20, rue de la Michodière, 75002 Paris (Tél. : 742-38-76 et 073-18-27).

Il n'y a pas grand-chose à espérer de la direction d'Amnesty International-France dont, comme je viens de le dire, l'inertie est flagrante dès que les intérêts de la France capitaliste sont en jeu - donc il n'y a rien à en attendre à propos de l'Afrique sous domination française. Mais, finalement, ce n'est là qu'un détail, car le mode d'activité d'Amnesty International est extrêmement souple, à l'image de toute institution marquée par le pragmatisme britannique. Par exemple, si les campagnes relatives à un pays particulièrement répressif sont impulsées d'en haut, c'est-à-dire, à l'initiative de la direction nationale, celle-ci, en cas de défaillance, peut subir de la part de sa base, des pressions telles qu'elle soit moralement contrainte de prendre à sa charge des victimes de gouvernements répressifs sur lesquels la France officielle aimerait jeter le voile du silence, C'est que la cheville ouvrière de la structure d'A.I. n'est pas la direction nationale de chaque section, mais les groupes de base qui se constituent spontanément dans les villes, grandes ou petites, et qui sont animées par des bénévoles. Ceux-ci sont toujours des hommes et des femmes de cœur, d'une très grande sincérité, à l'exception de quelques agents infiltrés par le pouvoir capitaliste.
[PAGE 25]

L'initiative vient donc aussi souvent d'en bas que d'en haut.

Chaque groupe de base adopte plusieurs prisonniers dont il se charge de suivre et de faire connaître le plus largement possible la tragédie, quitte à soutenir les victimes moralement et matériellement, tout en harcelant le gouvernement coupable par des lettres ou des télégrammes jusqu'à ce qu'il se résigne à juger le détenu politique au cours d'un procès équitable. Dans la perspective que s'est tracée, A.I., c'est-à-dire contraindre les gouvernements à respecter réellement les Droits de l'Homme auxquels ils proclament, du bout des lèvres, leur attachement, ces méthodes sont d'une efficacité redoutable, comme en témoignent de nombreux cas de relaxe, d'acquittement, de libération de prisonniers d'opinion à travers le monde, grâce à A.I. Cette efficacité est accrue par le fait que A.I., si du moins on ne considère que sa base, est, à l'évidence, totalement indépendant, c'est-à-dire libre de toute inféodation idéologique.

Les Africains qui ont la chance de se trouver en Europe, et particulièrement, les Camerounais, étudiants, travailleurs, militants exilés, doivent donc se mettre en rapport avec le groupe A.I. de leur ville ou de la ville la plus proche de leur résidence. Ils trouveront là des Européens sensibles et ouverts, des militants désintéressés et dévoués, avec lesquels ils ne manqueront pas de nouer des liens fructueux sur tous les plans, et auxquels, en tout cas, ils devront exposer patiemment les tenants et les aboutissants de la répression dans leur pays d'origine, et notamment l'hypocrisie et la barbarie du néo-colonialisme français, malheureusement trop méconnu en Europe occidentale.

De la sorte, il n'y a aucun doute que les Africains, et notamment les patriotes camerounais en exil, parviendront à une large popularisation de leur combat dans l'opinion européenne, à l'instar des Chiliens et de tant d'autres exilés sud-américains, pour ne citer qu'eux. Ce serait déjà, sans aucun doute, un grand pas dans la voie de la libération des pays africains victimes du néo-colonialisme français, l'un des plus cruels qui soient. Car, le système vit surtout du silence qu'il s'impose et impose.
[PAGE 26]

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2

Sorel, le 11 août 1977

Lettre envoyée par M.-J. Protais.

Marie-José Protais
28520 Sorel Moussel
Présidente d'A.I.S.F.
18, rue de Varenne

              Madame Privat
              Rouen

Madame,

Je vous serais reconnaissante de bien vouloir m'adresser copie d'un courrier que vous auriez envoyé à une amie d'un membre Varois d'A.I. que je ne connais pas mais qui, paraît-il, aurait été mis au courant par vous du fait que je servirais certains intérêts franco-africains dans A.I.

Etant donné qu'il vous est impossible d'avoir des preuves d'une si révoltante contrevérité, je pense qu'il est de mon droit de vous demander quels sont les faits qui vous ont amenée à porter une telle accusation.

En effet, le travail effectué par A.I. en Afrique n'est pas satisfaisant car les moyens mis à disposition sont bien trop limités. Croyez bien que je suis mieux informée que vous, Madame, sur ce point. Mais ce que vous ne savez pas non plus, c'est que je suis connue au Secrétariat International, au Comité Exécutif International et à celui de la Section française pour être le porte-parole et souvent l'initiatrice des protestations les plus violentes contre ce qui est fait, et surtout ce qui n'est pas fait, autant que des résolutions réclamant les moyens d'améliorer la situation. Ce que vous ne pouvez pas faire, c'est-à-dire apporter les preuves de ce que vous avancez, je le peux : j'ai les procès-verbaux des Conseils internationaux, des Comités exécutifs et des témoins tout prêts dans les diverses instances pour corroborer ce que j'écris.

Vous avez, Madame, été victime :

– soit de l'imagination trop féconde de quelqu'un qui aurait par ailleurs quelque chose à me reprocher, encore que je ne me connaisse pas d'ennemis personnels dans A.I., ni de raisons pour en avoir, mais peut-être suis-je naïve. [PAGE 27]

– soit d'un machiavélisme plus complexe. Et ici deux possibilités se présentent :

1o Il y a un an, la Revue dont j'étais rédacteur en chef fusionnait avec une publication du Ministère de la Coopération. Certains groupes de pression proches de ce Ministère, c'est-à-dire des intérêts français en Afrique, ont vu d'un très mauvais œil le fait de se voir imposer une rédactrice en chef qui n'était pas « à leurs bottes », mais connue pour son indépendance d'esprit, son refus de toute compromission et surtout pour ses activités à A.I. Aussi dès que mon patron, ami et tuteur dont la droiture, le dégoût des « mics-macs » et le dévouement aux droits de l'homme avaient la réputation, je veux parler de Pierre Juvigny, est mort, il n'a fallu que quelques mois pour que ces personnes se débarrassent de moi. Il leur a suffi de couper les crédits pour obtenir immédiatement mon licenciement « pour cause de restrictions budgétaires ». Mais comme je suis journaliste et que je peux donc faire connaître certaines causes de mon licenciement, il se peut que l'on cherche à me discréditer pour ôter tout poids à ce que je raconte ou écris.

2o Autre possibilité : Certains gouvernements ont toujours chercher à discréditer A.I. : notamment actuellement l'Iran qui mise la carte de la division interne dans A.I., et l'URSS qui, par exemple, par Ethiopiens interposés, tente de dénigrer le travail d'A.I. en Afrique pour détourner l'attention de l'opinion publique sur le rapport « conditions de détention en URSS ».

Il se trouve que j'ai eu à m'occuper en priorité de l'Iran au soin du Comité International, ou encore que j'ai été personnellement accusée dans un journal soviétique d'avoir la parole au meeting Pliouchtch et au meeting Gluzman (et altri). Il se pourrait donc que quelqu'un ait reçu instruction, ou simplement en ait pris l'initiative, de faire d'une pierre deux coups.

Voyez-vous, Madame, vous vous êtes laissée influencer et vous avez porté préjudice à quelqu'un qui, précisément en ce moment, n'en a pas besoin professionnellement (je cherche en effet du travail désormais et ma spécialité est le développement du Tiers-monde), ou peut-être êtes-vous l'instrument involontaire d'une mauvaise machination. Mais surtout, et ceci est beaucoup plus grave à mes yeux, vous avez commis une faute impardonnable contre A.I. : car si [PAGE 28] vous êtes convaincue de ce que vous avancez, il eût été de votre devoir d'immédiatement informer les autres membres du Comité Exécutif ou mieux encore l'instance suprême d'A.I.S.F., l'Assemblée Générale. Mais vous ne deviez pas tolérer que cette organisation, que vous respectez puisque vous y militez, soit présidée par une personne que vous soupçonnez de ce que vous me reprochez.

C'est pour cela que, puisque vous avez touché à mon honneur dans ce qu'il a de plus sensible, j'exige que vous me donniez copie de votre correspondance avec les membres Varois d'A.I. Ensuite que vous adressiez photocopie de cette lettre à ces personnes ainsi qu'à toute autre de la Section française, suédoise ou autre à qui vous auriez écrit de semblables diffamations. Faute de quoi je vous demanderais de venir témoigner devant le prochain Conseil National d'A.I.S.F.

Je vous informe ici que je demanderai par courrier à M. Mongo Beti, qui habite également Rouen, de prendre rendez-vous avec moi. Lorsqu'en mars dernier il avait signé un article critiquant le travail d'A.I. en Afrique, j'avais considéré ceci assez justifié pour « oublier » les accusations, d'ailleurs non personnalisées, qu'il portait contre « des dirigeants de la Section française ». Mais les vôtres sont précises. Il semble donc qu'à Rouen courent des accusations intolérables. Je saurai en découvrir la cause afin de les arrêter immédiatement. Vous savez que la raison première pour laquelle je milite dans A.I. est mon horreur de l'injustice et, puisque vous y militez aussi, j'espère que vous aurez à cœur la recherche de la vérité. Je vous remercie de me faire connaître les mesures que vous avez prises sans délai comme je vous le demande ci-dessus et je vous prie de recevoir, Madame, mes salutations.

Marie-José PROTAIS, Présidente A.I.S.F.


[PAGE 29]
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3

Lettre de M.-J. Protais à Mongo Beti.

Monsieur,

J'avais entendu dire que vous étiez membre d'A.I. et que vous aviez assisté à la dernière assemblée générale; or, je ne trouve pas votre nom à nos fichiers. J'espère cependant que cette lettre vous touchera par un canal ou un autre.

Je souhaiterais vivement pouvoir vous rencontrer personnellement dans les plus brefs délais au sujet des problèmes soulevés par un article que vous avez rédigé dans le Courrier des étudiants camerounais (numéro de mai dernier, je crois) concernant Amnesty.

Je vous serais reconnaissante de me téléphoner, soit chez moi 533-88-73 le matin, soit encore à A.I. 22-91-32 où l'on pourra prendre votre message proposant un rendez-vous ou mieux encore me donnant votre numéro de téléphone, car je suis difficile à toucher.

Dans l'attente de votre très prompte réponse, je vous prie de recevoir mes sentiments les meilleurs.

Marie-José PROTAIS,
Présidente A.I.S.F.

Quelques observations :

Mongo Beti était inscrit à Amnesty International sous son véritable nom : Alexandre Biyidi-Awala.

Mongo Beti n'a rien publié dans le « Courrier des étudiants camerounais », pour cette raison extrêmement simple, c'est que cette publication n'a jamais existé. Il faut d'ailleurs croire que Marie-José Protais, qui est incapable de fournir la référence de l'article qu'elle m'attribue, ne l'a pas lu. On voit mal dans ces conditions pourquoi Marie-José Protais, si mal informée et, en vérité, si peu soucieuse de connaître les problèmes africains, désire me rencontrer personnellement. Est-ce pour m'entretenir de ragots ?
[PAGE 30]

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4

Lettre de Mongo Beti à M.-J. Protais.
Alexandre Biyidi-Awala (Mongo Beti)
Président du C.D.A.P.P.C.
6, rue d'Harcourt
76000 Rouen

Madame,

C'est aujourd'hui seulement que, revenant de vacances, je reçois votre lettre qui, malheureusement, n'est pas datée.

Il est exact que je suis membre d'A.I., mais sous mon vrai nom indiqué ci-dessus à gauche,

Je lis dans votre lettre que vous souhaitez vivement me rencontrer personnellement dans les plus brefs délais. Permettez-moi de vous confier que je n'en vois guère la nécessité en ce qui me concerne. Je n'ai pas publié un article dans le Courrier des Etudiants Camerounais (au demeurant inconnu de moi) pour la raison qu'à mon âge il serait anormal que j'écrive dans le Courrier des Etudiants Camerounais, s'il existe.

En revanche, j'ai publié en mai de cette année dans S.O.S. Cameroun, le bulletin du C.D.A.P.P.C. (Comité pour Défendre et Assister les Prisonniers Politiques au Cameroun) dont je suis le modeste président, une brève étude sur Amnesty International, section France. Il est tout à fait exact que j'ai écrit dans cette brève étude que les dirigeants d'Amnesty France sont asservis aux intérêts de l'impérialisme français en Afrique noire et plus précisément au système, qui a remplacé la colonisation tout en prolongeant le maintien des intérêts de la France, et qui est appelé Coopération.

Il est dit quelque part dans la Constitution française que tout citoyen est libre d'exprimer ses opinions, étant entendu qu'il en assume l'entière responsabilité. J'ai donc exprimé librement mon opinion et j'accepte d'en assumer la pleine responsabilité, de quelque façon que cela doive se faire.

Je ne vois donc aucun inconvénient à ce que vous m'assigniez devant un tribunal compétent, si vous vous estimez diffamée, ou que vous me convoquiez devant une instance d'Amnesty International Section France où je répéterai ce [PAGE 31] que j'ai déjà dit, et dont je suis plus que jamais persuadé, à savoir que les dirigeants d'Amnesty-France ont partie liée avec la Coopération franco-africaine et que, de ce fait, ils ne sauraient être qualifiés, comme ils l'ont toujours montré d'ailleurs, pour dénoncer les crimes commis, contre les droits de l'homme dans les dictatures sanguinaires installées et protégées par la France en Afrique Noire, et notamment dans un pays que je connais bien, puisque c'est celui où je suis né, le Cameroun. Je tiens à la disposition du tribunal qu'il vous plaira de désigner une longue liste des carences les plus flagrantes d'Amnesty-France en ce domaine, carences dont je serais bien étonné qu'elles soient toutes le fait d'un hasard, sans compter d'autres preuves,

En attendant de connaître votre décision, je vous prie d'agréer, Madame, l'assurance de mes sentiments distingués.

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5

Toulon, le 2 novembre 1977

AMNESTY-INTERNATIONAL
Section Française
Aimé Leaud
Chemin de la rivière
Bd Jean-Baptiste-Abel
83000 Toulon

              M. Alexandre Biyidi-Awala
              6, rue dHarcourt
              76000 Rouen

Monsieur,

A la suite de la lettre que vous avez adressée le 15 septembre dernier à Maris-José Protais, présidente de la Section française D'AMNESTY INTERNATIONAL, le Comité Exécutif a décidé d'entendre vos explications au sujet de certaines de vos prises de position à l'égard de notre mouvement et de ses dirigeants.

Vous êtes donc prié de vous présenter devant le Comité Exécutif lors de sa réunion du 10 novembre 1977, 18, rue de Varenne, à 21 heures.
[PAGE 32]

Veuillez agréer, Monsieur, mes salutations distinguées.

Vice-Président du Comité Exécutif.
Aimé LEAUD,

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6

Toulon, le 8 novembre 1977

AMNESTY INTERNATIONAL

Section Française
Aimé Leaud
Chemin de la rivière
Bd Jean-Baptiste-Abel
83000 Toulon

              M. Alexandre Biyidi-Awala
              6, rue d'Harcourt
              76000 Rouen

Monsieur,

Je réponds à votre lettre par laquelle vous me faites savoir qu'il ne vous est pas possible de vous libérer le 10 novembre pour venir fournir au C.E. les explications qu'il vous a demandées.

Les dates de réunion du Comité Exécutif sont fixées en fonction des possibilités de déplacement de ses membres de province, dont certains résident très loin de Paris. C'est pourquoi nous sommes obligés d'établir notre calendrier sans tenir compte de vos préférences, ce que nous regrettons.

La date du 17 novembre que vous proposez ne pouvant être retenue, nous sommes obligés de renvoyer notre rencontre à la plus prochaine réunion du C.E. qui aura lieu le samedi 26 novembre. Nous vous demandons donc de venir à cette date, rue de Varenne, à 20 h 30. Nous avons noté que vous serez accompagné d'un avocat dont vous souhaitez que le témoignage soit entendu par le C.E. Ce témoignage aura toute notre attention.

Veuillez agréer, Monsieur, l'expression de mes sentiments les meilleurs.

vice-Président du Comité Exécutif.
Aimé LEAUD,

[PAGE 33]

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7

Le Conseil national de la Section française d'Amnesty International réuni le 26 novembre 1977 à Paris,

Considérant que dans un article intitulé « Amnesty International, organisme humanitaire » paru dans la revue « S.O.S. Cameroun » de mars 1977, M. Mongo Beti, membre d'Amnesty International et affilié au groupe France 15 s'est exprimé dans les termes suivants :

« Car s'il est vrai que les dirigeants de certaines sections nationales d'A.I. de France, sont soumis à de fortes pressions de leurs gouvernements qui les transforment finalement en alibis de la guerre froide en les paralysant dans certains cas, une connaissance exacte des structures de cette organisation permet de faire circuler une information utile auprès d'un certain public occidental dont la sincérité militante et démocratique n'est plus à démontrer »,

et plus loin :

« il n'y a pas grand-chose à espérer de la direction d'A.I. France dont, comme je viens de le dire, l'inertie est flagrante dès que les intérêts de la France capitaliste sont en jeu »,

et plus loin :

« Ceux-ci (des bénévoles) sont toujours des hommes et des femmes de cœur, d'une très grande sincérité, à l'exception de quelques agents filtrés par le pouvoir capitaliste »;

Considérant que ces textes ont été publiés sans que M. Mongo Beti ait au préalable averti la Section française des accusations qu'il formulait contre elle; qu'après plusieurs demandes et tentatives amiables du bureau exécutif Pour que de telles allégations fussent précisées, le Conseil national a décidé d'entendre M. Mongo Beti; que pressé de justifier les faits qu'il avançait, M. Mongo Beti n'a pu en apporter la preuve; qu'il a cependant maintenu ses accusations à l'encontre des autorités élues de la Section française et manifesté son intention de les formuler à nouveau;

Considérant qu'une telle attitude prive l'intéressé de toute [PAGE 34] possibilité d'action efficace et impartiale au sein de l'organisation pour la défense des prisonniers d'opinion; que de reste, les propos calomnieux de M. Mongo Beti sont incompatibles avec son appartenance à Amnesty International,

décide :

M. Alexandre Biyidi Awala, dit Mongo Beti, est exclu d'Amnesty International.

Copie certifiée conforme à l'original déposé aux Archives de l'organisation :

Aimé LEAUD,
Président du B.F.
d'Amnesty International
Section française.

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8

              Mme Janine Ertaud, g. 15
              22, rue Brisout-de-Barneville
              76100 Rouen

N/Réf. 77975 JH/CC

Chers Amis,

Après avoir très longuement entendu M. Mongo Beti, le Conseil National a pris le samedi 26 novembre dernier la décision ci-jointe, qui exclut l'intéressé d'Amnesty International. Vous imaginerez qu'une telle position n'a pas été prise sans de longues discussions, au cours de laquelle toutes les réponses de Mongo Beti ont été examinées et pesées : c'est pourtant à l'unanimité que le Conseil National s'est prononcé. Il vous appartient donc, en exécution de cette décision, de vous faire remettre tout document intéressant vos prisonniers qui pourraient être entre les mains de Mongo Beti et de lui refuser désormais de travailler avec vous.

Au cas où Mongo Beti vous annoncerait son intention de faire usage de la décision prise à son encontre, peut-être pourriez-vous lui préciser qu'aucun élément de ce texte, qui est constitué par une seule phrase, ne saurait être séparé de son contexte.
[PAGE 35]

Croyez, je vous prie, Chers Amis, à tous mes meilleurs sentiments.

Aimé LEAUD,
d'Amnesty International
Président du B.E.
Section française.


[PAGE 36]

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III

1

Rouen, le 25 février 1978

Alexandre Biyidi-Awala
(dit Mongo Beti)
6, rue d'Harcourt
76000 Rouen

              Monsieur le Président
              d'AMNESTY INTERNATIONAL
              Section française

Monsieur,

J'ai l'honneur de vous informer que je fais appel auprès de l'Assemblée Générale qui se tiendra au mois de mai à Mulhouse du verdict d'exclusion, prononcé contre moi, dans des conditions de totale illégalité, à la suite de mon audition par le Comité Exécutif le 26 novembre 1977.

Croyez, Monsieur le Président, à l'assurance de mes sentiments les meilleurs.

Alexandre BIYIDI-AWALA.


[PAGE 37]
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2

Rouen, le 6 avril 1978

Alexandre Biyidi (Mongo Beti)
6, rue d'Harcourt
76000 Rouen

              à Me Aimé Leaud,
              Président d'Amnesty International
              Section française
              18, rue de Varenne, 75007 Paris

Monsieur le Président,

Je voudrais vous entretenir de mon appel auprès de l'Assemblée Générale au mois de mai prochain et des conditions techniques de sa réalisation.

Je ne vois que deux méthodes possibles

1o A l'ouverture de l'Assemblée Générale, chacune des deux parties propose à l'assistance la procédure qui lui semble la meilleure. Et l'Assemblée Générale se prononce souverainement. Cette procédure me paraît d'autant plus souhaitable qu'elle pourrait ensuite faire jurisprudence, étant donné, semble-t-il, que les statuts de l'organisation n'ont pas prévu de procédure d'exclusion, et que la situation créée par mon exclusion est sans précédent.

2o Avant l'ouverture de l'Assemblée Générale, les deux parties se mettent d'accord sur une procédure.

De toute façon, il ne saurait être question de renouveler la tactique grossière dont j'ai été victime en novembre 1977, et qui a consisté, pour les dirigeants d'Amnesty, à la fais juge et partie, à m'entraîner, à mon corps défendant, dans un engrenage de bonne volonté dont le résultat fut de me livrer à une souricière, en m'obligeant, moi seul confronté à plusieurs individus hostiles, ignorant les sanctions que j'encourais face à des gens qui avaient déjà décidé de m'exclure, à jouer la parodie d'un procès démocratique, bien conforme à la tradition de certains totalitarismes, nouvelle occasion pour moi, si j'en avais besoin, d'apprendre qu'il est difficile, sinon impossible de s'exprimer librement dans le cadre d'Amnesty Section française.

Veuillez croire, M. le Président, à l'expression renouvelée de mes sentiments les meilleurs.
[PAGE 38]

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3

Toulon, le 5 mai 1978

M. Biyidi-Awala
6, rue d'Harcourt
76000 Rouen

Monsieur,

J'ai donné connaissance au Conseil National de votre lettre du 6 avril.

Comme vous le remarquez, ni les statuts, ni l'actuel règlement intérieur ne prévoient de procédure particulière en matière d'exclusion.

Il appartiendra à l'Assemblée Générale de prendre toute décision utile en ce qui concerne les modalités d'examen de votre recours.

Veuillez agréer, Monsieur, mes salutations distinguées.

Président du Bureau Exécutif.
Aimé LEAUD,

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4

SF 77584

AMNESTY INTERNATIONAL
Section française
18, rue de Varenne
75007 Paris
Tél. : 222-91-32
C.C.P. : 30.160.16 U La Source

INTERNE

EXTRAIT DU COMPTE RENDU
DE L'ASSEMBLÉE GENERALE
DE L'ASSEMBLEE REGIONALE DE NORMANDIE

... Il résulte de cet échange de vues... qu'un certain [PAGE 39] nombre de faits étaient méconnus respectivement du groupe 15 et du C.B. de la S.F. Ainsi :

– La lettre d'Odette Privat, du 4 juin 1977, à un groupe suédois avec adresse à en-tête du groupe 15, et mettant en cause le passé colonialiste de la France et de la Grande-Bretagne en Afrique, pour expliquer une main-mise du Quai d'Orsay sur le C.E. d'A.I.S.F. Cette lettre était inconnue du groupe 15 et encore plus le fait qu'elle était écrite en leur nom.
– La réponse de Mongo Beti, écrivain camerounais et membre du groupe 15, à Marie-José Protais, en date du 15 septembre 1977 et les termes insultants qu'elle contient à son égard ont aussi été une découverte pour le groupe 15,, sans parler du fait que Mongo Beti ait signé en tant que Président du C.D.A.P.P.C. et non en tant que membre d'A.I. (alors qu'il s'adressait à la Présidente de l'association à laquelle il appartient, sur un sujet ne concernant que cette association).
– Le groupe 15 a d'autre part appris avec étonnement l'existence de 3 courriers envoyés par le chercheur Afrique de Londres (Austin) à Mongo Beti en octobre et décembre 1976 lui demandant des informations sur des prisonniers camerounais et sur lui-même et auxquelles Mongo Beti n'a jamais répondu alors qu'il s'est contradictoirement toujours plaint de l'insuffisance des informations produites par A.I. sur son pays.
– Enfin, le groupe 15 ne connaissait pas l'existence du virulent article de Mongo Beti sur le Cameroun, paru (en 1977) dans la revue « Croissance des Jeunes Nations », et dont la présentation ambiguë a pu faire croire à l'Evêque de Yaoundé qu'il s'agissait d'informations extraites d'un rapport d'A.I., rapport dont il a violemment contesté le bien-fondé. Cet évêque ayant semblé jusqu'alors peu critique vis-à-vis d'A.I., cet article met ainsi en péril notre crédibilité, à un niveau qui peut avoir de graves conséquences sur notre action en Afrique. (Le groupe demande d'ailleurs a recevoir copie de cet article.)

Réciproquement, le C.E. pouvait penser que

– Odette Privat parlait au nom de tout le groupe 15.
– Le groupe 15 connaissait la teneur des articles et des réponses de Mongo Beti.
– Le groupe 15 était, en conséquence, partie prenante dans les accusations d'Odette Privat et Mongo, Beti.
[PAGE 40]
– Mongo Beti était membre actif d'A.I., ce qui s'est révélé très relatif aux dires des membres présents du groupe 15.

Or, la lettre du 27 septembre du groupe 15 à Marie-José Protais et la demande d'entrevue qu'elle contenait n'avait d'autre but que de susciter des explications par qui de droit, à la place d'une réponse écrite par Odette Privat et que celle-ci demandait au groupe d'envoyer au nom de tous. Cette réponse avait été jugée fort déplacée par le groupe, d'où sa décision d'envoyer un autre texte. Enfin, le groupe 15 a, en la personne des deux membres cités plus haut, nettement précisé qu'il se démarquait des déclarations d'Odette Privat et de Mongo Beti au vu des éléments nouveaux que nous leur avons apporté.

Il semble donc :

– que cette controverse n'engage plus que deux personnes seulement, Odette Privat et Mongo Beti;
– qu'Odette Privat n'ait pour l'instant lancé ses accusations que sur un plan interne;
– que Mongo Beti, par contre, leur ait donné un retentissement public fort regrettable.

RECOMMANDATIONS

– L'attitude du groupe 15 semble ne résulter que d'un manque d'information et d'une certaine maladresse : le Conseil National devrait en prendre acte, quitte à lui demander (éventuellement) une confirmation écrite de sa position actuelle.
– Etant donné d'une part le désir du groupe 15 de rappeler ses membres au sens de la discipline et de la procédure à suivre en cas de problème grave au sein d'A.I.; et étant donné d'autre part la personnalité tourmentée d'Odette Privat, qui peut expliquer son inflation verbale (alors que son action, en tant que membre d'A.I. est efficace à bien des égards), je pencherais pour que le C.N., solidaire de Marie-José Protais, manifeste par une lettre commune à Odette Privat sa réprobation devant un tel manque de rigueur de sa part, informe les personnes par elle contactées (groupe suédois, membres du groupe Saint-Raphaël), mais ne prenne pas de sanction à son égard.
– Par contre, je souhaiterais que l'actuel C.N., toujours en pleine solidarité avec Marie-José Protais, interpelle sans [PAGE 41] tarder M. Mongo Beti (devant le C.E. de novembre, par exemple, en exigeant de lui :


* qu'il justifie les accusations portées contre A.I., et particulièrement contre le C.E. d'A.I.S.F. et Marie-José Protais;


* qu'il se justifie d'avoir porté le débat sur la place publique sans avoir fait usage auparavant de procédures internes à A.I., alors qu'il est membre de notre mouvement;

et que l'exclusion de Mongo Beti soit envisagée en cas de refus.

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5

ASSEMBLEE REGIONALE CONSTITUTIVE
22 octobre 1977

Cette assemblée réunissait deux régions : Haute et Basse Normandie, la Basse Normandie n'ayant ni le nombre de groupes ni le nombre de membres individuels suffisants pour se constituer elle-même en région.

Etaient présents :

Teddy FolIenfant et Josette Bos représentant le bureau de Paris,

28 membres A.I. de Haute Normandie, 21 membres A.I. de Basse Normandie.

Il a d'abord été voté la constitution de la Haute Normandie en région, puis le rattachement de la Basse Normandie, ceci à titre provisoire, jusqu'à ce qu'elle puisse se constituer elle-même en région.

Ces deux votes ont été acquis à l'unanimité des présents.

Nous avons ensuite abordé l'élection du Secrétaire Régional. Sa fonction a été ainsi définie :

– Il doit être courroie de transmission entre Paris et Province, donc en relations régulières avec les groupes Paris (il fait partie du C.N.), mais il ne fait pas écran, et un groupe désirant entrer en [PAGE 42] contact directement avec l'un ou l'autre des responsables peut toujours le faire.

– Il assure la coordination entre les adhérents de sa région (groupes et individuels).

Il y avait une seule candidature, celle de J.-M. Couronne, membre du groupe 15. Il n'avait pas pu être présent pour raison familiale, Et il n'y avait aucune candidature pour le poste de remplaçant.

Malgré son absence, il a été élu Secrétaire Régional par les présents (moins 4 bulletins blancs et 4 NON).

Son mandat prendra fin à la prochaine A.R. Cette période courte devra permettre de mieux définir cette nouvelle fonction et de régler par l'expérience les problèmes qui se présenteront (problème financier en particulier).

La prochaine A.R. devra obligatoirement avoir lieu avant l'Assemblée Générale fixée au mois de mai.

Jean-Marie Couronne, 33 ans, professeur d'Allemand à l'Institut National Supérieur de Chimie Industrielle de Rouen. Domicile : 4, Parc de la Touques, 76130 Mont-Saint-Aignan. Tél. : (35) 74-08-06.

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6

Paris, le 10 juin 1978

AMNESTY INTERNATIONAL
Section française
Commission des recours

La Commission désignée par l'Assemblée Générale d'Amnesty International – Section française, le 28 mai 1978, réunie le 10 juin 1978 à Paris pour statuer sur le recours de M. Alexandre Biyidi-Awala (Mongo Beti) contre la décision d'exclusion prise à son égard par le Conseil National le 26 novembre 1977,

Considérant que dans un article intitulé « Amnesty International, organisation humanitaire » paru dans la revue « S.O.S. Cameroun » de mars 1977, M. Alexandre Biyidi Awala, membre d'Amnesty International, a écrit :

« Car, s'il est vrai que les dirigeants de certaines sections [PAGE 43] nationales d'A.I., et particulièrement ceux de la Section d'A.I. de France, sont soumis à de fortes pressions de leurs gouvernements, qui les transforment finalement en alibis de la guerre froide en les paralysant dans certains cas, une connaissance exacte des structures de cette organisation permet de faire circuler une information utile auprès d'un certain public occidental dont la sincérité militante et démocratique n'est plus à démontrer. »

Et plus loin :

« il n'y a pas grand-chose à espérer de la direction d'Amnesty International France dont, comme je viens de le dire, l'inertie est flagrante dès que les intérêts de la France capitaliste sont en jeu – donc il n'y a rien à en attendre à propos de l'Afrique sous domination française. »

Considérant que ces textes ont été publiés sans que M. Mongo Beti ait au préalable averti la Section française des accusations qu'il formulait contre elle,

Considérant que ces affirmations, qui n'ont pas été déniées par l'intéressé, bien qu'il ait pu contester à juste titre d'autres éléments du dossier présenté à l'Assemblée Générale du 28 mai 1978, sont particulièrement graves : en effet elles portent incontestablement préjudice à Amnesty International et par suite aux prisonniers qu'elle prend en charge,

Considérant en outre que M. Mongo Beti n'a nullement apporté la preuve de ses assertions en établissement des cas précis « d'inertie » due à des pressions gouvernementales exercées sur les dirigeants de la Section française d'Amnesty International,

Considérant que ces affirmations sont peut-être dues au fait que M. Mongo Beti n'a pas cherché à connaître les modalités spécifiques du travail d'Amnesty International,

Mais considérant que cette ignorance révèle une méconnaissance grave du devoir qui s'impose à tout membre d'Amnesty International d'avoir le souci de ne porter préjudice ni aux prisonniers ni à Amnesty International, décide à la majorité :

Le recours de M. Mongo Beti est rejeté.

    A. Huet groupe 9
    J.-Luc Gibelin groupe 44
    C. Caron groupe 4
    Georges Collet groupe 42
    [PAGE 44]

    A.-M. Lallemant groupe 27
    Monique B. Thévenet groupe 50
    Cl. Dufour groupe 8 Nancy
    Ambroise Laurent groupe 92
    Christian Bois groupe 36 Rueil-Malmaison

[PAGE 45]

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IV

1

Le 7 juin 1978

Groupe 159 Le Puy A.I.
5, rue du Riou
43000 Le Puy

              (à Mongo Beti)

Monsieur,

Nous avons été très inquiétés par les accusations que vous lancez contre le Bureau Exécutif d'A.I., Section française. Si elles étaient vérifiées, le crédit que nous accordons à notre organisation serait très entamé.

Nous pensons d'autre part que les méthodes employées par le B.E. pour tenter de vous exclure d'A.I. ne sont pas dignes d'un mouvement qui se veut attaché à la liberté d'expression.

Dans un but d'information et d'honnêteté, nous aimerions que vous apportiez de manière interne à A.I., des précisions sur vos accusations.

Nous espérons qu'un effort de compréhension et d'explication des deux points de vue, permettra aux membres de notre groupe de voir un aboutissement clair à cette affaire.

Les membres du groupe 159 présents à la réunion du 7-6-78 :
[PAGE 46]

Gérôme, A. Markussa, C. Ellenberger, Marguerite Prénimey, J.-F. Perrier, M. Amat, C. Ruat, Marie-Claude Roux, P. Barry, P. Présumey, 0. Laoste, Hélène Dauga, Delille, Ph. Héry, G. Leblanc.

P.S. : Veuillez trouver ci-dessous la copie du message

que nous adressons ce même jour au Bureau Exécutif, signé par les mêmes personnes.

« Emus et inquiets à la fois par la gravité des accusations lancées par Mongo Beti et par les méthodes utilisées par le Bureau Exécutif pour procéder à son exclusion, nous vous demandons de suspendre[1] immédiatement cette procédure d'exclusion et de faire, avec toute I'honnêteté et le respect de la liberté d'expression à laquelle nous sommes attachés, toute la lumière sur cette affaire « afin que la confiance que nous avons toujours accordée à A.I. ne soit pas entamée.

Nous pensons qu'il est du devoir d'A.I. de montrerqu'en son sein même, la clarté, la justice, le sens du dialogue pour lesquels nous nous battons partout ailleurs, sont appliqués et présents.

Les membres du groupe 158 Le Puy présents à la réunions du 7-6-78 »

*
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2

1er septembre 1978

Francis Meyer
10, rue Daniel-Hirtz
67000 Strasbourg

              Monsieur Aimé Léaud
              Président d'A.LS.F.

Ma première rencontre avec Mongo Beti date de [PAGE 47] l'Assemblée Générale de Dijon où nous avons échangé nos points de vue sur les Droits de l'Homme en Afrique Noire et sur les carences d'A.I. et surtout d'A.I.S.F. dans ce domaine. Autant vous dire que la convergence de vues fut totale.

C'est pourquoi, dans un but d'information et de sensibilisation, j'ai décidé, en accord avec mon groupe, de le faire venir à Strasbourg pour parler au publie alsacien des prisonniers d'opinion au Cameroun, son pays d'origine. La conférence de presse et surtout la réunion-débat connurent un franc succès. Lorsque les propos de notre invité dépassaient le cadre spécifique d'A.I., j'ai toujours attiré l'attention des auditeurs sur le fait que ses analyses n'engageaient que lui, ceci dans un souci de clarté.

D'ailleurs, nous avons enregistré avec satisfaction pendant cette période que le taux d'adoption en Afrique Noire francophone était nettement en hausse, preuve que les démarches et les propos de Mongo Beti étaient justifiés et utiles.

Là-dessus, en 1977, la Section française a cru bon d'exclure l'intéressé du mouvement à cause de ses prises de position; opération parfaitement injustifiée d'une part et nuisible pour A.I. d'autre part car la crédibilité du mouvement est sérieusement entamée par cette exclusion arbitraire et non pas par les propos et les écrits engagés de l'exilé africain.

J'ai personnellement tout essayé – notamment à Mulhouse – pour éviter son exclusion définitive d'ailleurs entachée de graves irrégularités. Ce n'est pas le rectificatif publié bien tardivement d'ailleurs (et sur la demande expresse du Secrétaire de la Région de Normandie) qui gommera le faux et l'usage de faux qui a servi à exclure Mongo Beti (cf. Editorial du no 3 de Peuples noirs-Peuples africains).

Ne pouvant supporter plus longtemps l'injustice qui frappe un militant, je me résous donc à quitter la Section française. C'est pourquoi j'adresse par la présente ma démission du groupe 77 dont j'étais le secrétaire depuis 2 ans. Cette décision ne concerne que moi et n'exclut nullement le fait que le groupe 77 et d'autres peut-être puissent déposer un nouveau recours à l'A.G. de Nantes.

P.S. : J'espère que vous aurez l'honnêteté de publier ma lettre de démission dans la Chronique.[2]
[PAGE 48]

3

SF 78 G 505
DISTR. : C

27 juillet 1978

de : Le Président de la Section française
à : Groupes

RECTIFICATIF

L'Assemblée Générale de Mulhouse ayant demandé une information sur le cas de Mongo Beti, tous les documents se rapportant directement ou indirectement à ce cas ont été photocopiés et distribués aux participants de l'A.G.

La pièce No 5 de ce dossier est improprement intitulée :

« Extrait du compte rendu de l'Assemblée Régionale de Normandie ».

Il s'agit en effet du compte rendu d'une conversation qui eut lieu le 22 octobre 1977, à l'occasion de cette assemblée régionale, entre deux membres du Comité Exécutif et trois membres du groupe 15 de Rouen.

La lecture du document ne permet d'ailleurs pas de confusion puisque son auteur s'exprime à la première personne dans les « recommandations » qui en constituent la dernière partie.

Le Secrétaire Régional de Haute Normandie précise qu'à aucun moment, il n'a été question du cas de Mongo Beti au cours de l'Assemblée Régionale elle-même.

*
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4

Rouen, le 15 septembre 1978

Edith Trochard
62, rue Thomas-Dubose
76000 Rouen
Tél. : 71-09-90

              J.-M. Couronne,
              Secrétaire régional A.I. [PAGE 49]
              4, Parc de la Touques
              Mont-Saint-Aignan

Ami,

Suite à notre réunion de groupe, du 12 septembre, et plus particulièrement au sujet de notre protestation concernant l'exclusion de Mongo Beti, je tiens à vous faire connaître que je n'accepte pas les termes de cette protestation qui sont, je crois « le groupe 15 s'incline devant la décision de la commission ».

Je ne m'incline jamais devant une injustice.

Pour ma part il ne m'est pas possible de m'incliner devant la décision d'une commission dont les membres ont été conditionnés, je ne trouve pas d'autre explication à leur attitude hostile.

Comme vous le savez, j'ai assisté à cette commission aux côtés de Mongo Beti, et l'ai enregistrée, il est donc possible de savoir comment les choses se sont déroulées.

Tout d'abord nous avons attendu, convoqués pour 14 heures, nous avons été reçus vers 15 heures, le temps nécessaire à la mise en condition de la commission. L'audition de chaque partie a été réalisée séparément, elle aurait dû être contradictoire.

Au cours de la séance deux choses ont retenu mon attention, d'une part un membre de la commission a dit : « M-J. Protais a reconnu que l'action de Mongo Beti au sein d'A.I. pour l'Afrique avait été bénéfique. » D'autre part, Mongo Beti a déclaré : les choses ont évolué à A.I. en ce qui concerne l'Afrique, depuis un an environ; ces deux points positifs, étaient suffisants pour arriver à une solution convenable et ne pas se laisser aller à cette extrémité qu'a été l'exclusion.

En ce qui concerne le dossier utilisé par la commission, et qui a été diffusé à l'A.G. de Mulhouse, vous savez qu'il comporte un document erroné, vous avez du reste essayé d'apporter une rectification au cours de l'A.G. de Mulhouse, mais Marc Schveyer animateur de l'Assemblée vous a refusé la parole...

Ce document, présenté comme un compte rendu d'une Assemblée Régionale de Normandie, est en réalité un amalgame de « on dit » de couloir; ceux qui ont pris l'initiative de diffuser et d'utiliser un tel document sont inconséquents, et portent une grande responsabilité dans les difficultés que nous allons rencontrer. [PAGE 50]

Enfin, je vous demanderai de me communiquer aussitôt que possible les adresses des groupes de France. Je connais cette affaire depuis son début et l'ai suivie, il est normal que je communique mes informations à ce sujet, bien entendu je le ferai à titre personnel.

Il serait souhaitable que les groupes suscitent une Assemblée Générale extraordinaire, il faut terminer cette affaire, dans l'intérêt même de notre travail au sein d'A.I. Vous savez bien que, même dans un groupe comme le nôtre dans lequel tous nous sommes contre l'exclusion de Mongo Beti, nous nous laissons aller à des discussions qui, à la longue, risquent d'être préjudiciables aux prisonniers pour lesquels nous devons mobiliser notre énergie. Les équipes réalisant un travail effectif sont trop restreintes pour les distraire à des problèmes internes. Pour nous sortir de ce malaise qui va croissant, je ne vois donc qu'une Assemblée Générale extraordinaire, qui seule pourra régler ce problème en toute équité.

Bien amicalement.

*
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5

Edith TROCHARD.
Le 16 octobre 1978

Mme Privat
62, rue Thomas-Dubose
76000 Rouen

              CONSEIL NATIONAL
              A.I. Section française
              18, rue de Varenne
              Paris

Messieurs,

Mesdames,

Mon groupe m'a informée, il y a quelques mois, qu'une pièce officielle étonnante, SF 77 584, avait été diffusée à l'Assemblée Générale de Mulhouse.

Il a été convenu, au cours de la réunion de groupe de juin, que j'y répondrai, mais seulement après les vacances, afin d'être assurée que cette lettre puisse bien atteindre chacun.

Avant que je ne rédige celle-ci, un examen de nos archives [PAGE 51] a été fait en séance de travail le 29 septembre 1978, en présence de Jean-Marie Couronne, secrétaire régional de Haute-Normandie, et de Alain Rivet, secrétaire régional adjoint.

Ces dernières étant en contradiction permanente avec le texte en question, je désirais absolument qu'ils les voient.

La pièce SF 77 584 est un rapport officiel fabriqué à l'aide de moyens que nous analyserons successivement au cours de cette étude. Diffusé en mai 1978, il aurait été mis au point à mon insu six mois auparavant. Il me concerne en partie : et pourtant il ne m'en a jamais été transmis de copie pour information ni pour vérification qui eût été indispensable à partir de la matière de nos dossiers.

Cette pièce est incontestablement l'œuvre d'une personne importante, car celle-ci se permet d'influer sur les décisions à prendre : « je pencherais.., », « je souhaiterais... ».

Cette personne n'a pas signé, se retranchant derrière l'anonymat.

Cet écrit anonyme a reçu caution de la Section française : immatriculée SF 77584, il ne porte pour référence, à défaut d'une signature privée qui eût été indispensable, que l'adresse du siège social d'Amnesty-France, 18, rue de Varenne, Paris.

La Section française a donc pris la responsabilité collective de couvrir ce texte intitulé : « Extrait du compte rendu de l'Assemblée régionale de Normandie » : ce qui y est dit, les participants l'attestent, ne l'a jamais été en séance d'Assemblée régionale.

Le compte rendu SF 77 584 est donc un faux.

Un rectificatif très tardif a été apporté au titre de cette pièce, mais après qu'ait été publié, me signale-t-on, un article intitulé « Faux et usage de faux à Amnesty International » : alors seulement s'est-on décidé à contre-cœur et par nécessité à changer brusquement un titre après coup.

Il était trop tard : le compte rendu SF 77584 distribué à Mulhouse est bien un faux.

Ce faux, si on le lit attentivement, aurait été fait à l'aide du rapport prétendu de deux personnes mystérieuses, dont les noms, nationalité et fonctions au sein de notre mouvement sont aussi très soigneusement cachés : la Section française a donc cautionné un faux reposant sur un triple anonymat, celui du rédacteur, et celui de deux agents supposés de renseignements.

[PAGE 52]

Quant au contenu même du faux, il est à son tour entièrement faux, se heurtant à chaque pas à la réalité restituée par nos dossiers.

Examinons donc ce contenu à la lumière de ces dossiers

I. – Le « compte rendu » SF 77 584 dit que le 4 juin 1977 j'ai écrit à un groupe suédois.

Cela est faux.

Le 4 juin 77, j'ai écrit à une seule personne, Madame Gun Karlsson.

Il n'y a pas à s'y tromper : ma lettre débute par « Chère Amie ». (En exergue, son nom et l'adresse à laquelle elle se fait écrire : Madame Gun Karlsson, Swedish Sektion, groupe 164, Vâstra Banvfigon, S 19400 Akersberga, Suède.)

Qui est Madame Karlsson ?

Une personne de la Section suédoise, initiatrice et chef de file d'une Campagne Maroc 77 à laquelle j'ai participé officiellement.

Madame Karlsson est bien connue du Secrétariat International : celui-ci l'a mise en contact pour cette Campagne avec Madame Trochard, 62, rue Thomas-Dubose, Rouen. Un peu plus tard, Madame Celia Fisher (Secrétariat International, Département Maroc) écrit à notre équipe à ce sujet :

« I am glad Mrs Karlsson bas contacted you about this campaign. I think it is an excellent ides and I know you will be able to make a valuable contribution to it » (10 mars 1977).

Madame Karlsson est également bien connue de la Section française : dès octobre 1976, Madame Heller (Coordination Maroc) me donne de son côté directement l'adresse de cette personne (plus tard, me parlant d'elle, elle l'appelle par son petit nom, Gun, tout court, dans sa lettre du 5 mai 1977, SF 77 287).

Madame Karlsson est aussi connue du groupe 15

– 12 mai 1977 : il est fait longuement état de cette Campagne qui débute sous ses ordres. A cette réunion, des informations sont données sur plusieurs cas graves de prisonniers Marocains, dont celui de Anis Balafre dont je parle dans ma lettre du 4 juin 1977 à Madame Karlsson. L'autorisation m'est donnée de m'adresser à Madame Gajdos-Torok, médecin de la Commission médicale collaborant avec la Section française et qui a pris contact avec moi dans les jours précédents.

Par la suite, des lettres sont également adressées sur [PAGE 53] ce sujet au Secrétariat International et, tout normalement, au chef d'équipe de cette Campagne, Madame Karlsson.

– Notre Bulletin intérieur (numéro de mai-juin 1977) diffusé à tous les adhérents du groupe 15 fait clairement état de cette Campagne dirigée par une Suédoise.

– Dans le même temps, le groupe est depuis des mois informé du très gros retard de notre mouvement concernant plusieurs zones du globe oubliées. Au sujet de l'Afrique notamment, les 3 groupes de Rouen se réunissent le 13 juin 1977.

Le passage de ma lettre à Mme Karlsson qui évoque le problème africain n'est qu'un très pâle reflet de ce que j'entendais au sein du groupe depuis des mois et qui a par la suite été redit à la réunion intergroupes du 13 juin 1977.

II. – Le « compte rendu » SF 77 584 dit que j'ai écrit avec en-tète du groupe 15

Cela est faux.

Je n'ai pas écrit avec en-tète du groupe 15 : celui-ci est 22, rue Brisout-de-Barneville.

J'ai fait une lettre personnelle, j'ai donné comme convenu au sein de notre équipe l'adresse du 62, rue Thomas Dubosc. J'ai bien indiqué mon appartenance à A.I. France groupe 15, tout comme Mme Karlsson a toujours indiqué son appartenance à A.I. Suède groupe 164. Elle nous a toujours écrit sur papier à en-tête d'Amnesty, j'ai fait de même.

A la fin de cette lettre, je n'ai pas du tout indiqué « Pour le groupe 15 de Rouen », ce qui aurait été indispensable si ce courrier avait été fait au nom du groupe.

Et j'ai bien signé personnellement : contrairement au rédacteur anonyme de la pièce SF 77 584, j'ai le courage de signer ce que j'écris.

En dernière phrase, j'associe comme à l'habitude mon chef d'équipe Français et les membres de cette petite équipe par le « nous » qui est utilisé, car je ne connais que trop bien leur point de vue.

Si toutefois une lettre personnelle dans laquelle on indique son appartenance à un groupe risque de laisser flotter un doute sur le caractère personnel de cet écrit, pourquoi ne pas s'enquérir directement auprès de l'intéressé et lui demander des précisions, au lieu de rédiger un Faux à son insu ?
[PAGE 54]

III. – Le « compte rendu » SF 77 584 dit que cette lettre était inconnue, du groupe 15.

Que raconte-t-on par là ?

J'en ai remis un double à mon Chef d'équipe Français Mme Trochard.

Puis le dossier de la Campagne MAROC 77 a été remis en mains propres au Secrétariat le 6 juillet, 77, sur la demande d'Edith Trochard elle-même, pour tout le temps qui serait nécessaire. Tous ceux qui le désiraient ont eu toute latitude pour le consulter dans l'été, puis en septembre et en octobre avant l'Assemblée Régionale de Normandie, et au-delà, puisqu'en définitive il y resta huit mois.

A aucun moment, ni en réunion de groupe, ni à part, il ne m'a jamais été reproché par qui que ce soit ma lettre à Mme Karlsson.

IV. – Le « compte rendu » SF 77 584 prétend que ma lettre parle d'une « main mise du Quai d'Orsay sur le C.E. »

Qui a été chercher cette expression qui n'est pas de moi et qui ne correspond pas à ma vision des choses ?

Pourquoi me fait-on porter les opinions précises d'autres personnes ?

A la réunion de travail du 29 septembre, on a pu constater toute la différence entre les tenants de cette thèse et moi-même.

V. – Le « compte rendu » SF 77 584 dit que j'aurais demandé à mon groupe d'écrire une lettre en mon nom.

Présenté sous ce jour, cela est faux.

Un fait est très grave : deux pièces capitales, constitutives de nos dossiers, n'apparaissent pas dans le rapport SF 77 584;

– d'une part, la visite d'une instance officielle de mon groupe, François Rovil, trésorier, le 8 août 77, en présence d'un tiers. Directives précises; ne pas répondre personnellement à la lettre reçue le 18 août de Mme MJ. Protais, le groupe s'en chargerait.

Celle-ci, en effet, alertée par des rumeurs étonnantes, croyait que je répandais (sans doute partout sur elle, qui sait ?) des choses que j'aurais moi-même inventées.

Mais le groupe savait que j'avais seulement rendu compte de la fameuse séance Inter-groupes de Rouen du 13 juin 77 à un seul membre de A.I. domicilié désormais loin de nous, mais resté rattaché à nous, et demandant régulièrement des nouvelles.
[PAGE 55]

Je n'avais rien transmis moi-même à un groupe du Var, comme il est dit dans la pièce SF 77 584.

Alors, en raison des directives reçues, j'ai quand même pressé le Secrétariat du groupe à agir. Etant absente, j'ai bien écrit :

« Il est extrêmement urgent que notre réponse de groupe parte incessamment, sinon nous allons être extrêmement en tort » (Lettre du 2 septembre 77).

Ne pas confondre par conséquent le passage de cette lettre avec le fait que j'aurais fait appel par incapacité au groupe, afin qu'il écrive à ma place.

Bien au contraire, connaissant à fond les dossiers dont je parle ici, j'ai joint à ma lettre un projet de réponse pour faciliter le travail du groupe.

Celui-ci réuni le 9 septembre a opté pour une entrevue directe avec Mme Protais car il désirait lui poser des questions de vive voix.

autre pièce qui disparaît du rapport SF 77584 : ma lettre personnelle à Mme Protais (car il y eut une lettre personnelle). A la seconde réunion de septembre, étant présente, j'ai désiré lire à tous cette lettre avant qu'elle ne parte : le groupe a préféré rester sur sa décision première, parler de l'Afrique, et d'elle-même, directement, de vive voix, à Mme Protais.

Par discipline, j'ai retiré ma lettre personnelle du circuit, bien contre mon gré.

Pourquoi, dans un rapport qui se veut officiel, la disparition de deux pièces capitales d'un dossier ?

Est-ce habituel au sein de la Section française ?

Est-ce considéré comme normal, et comme moral ?

Quelle peut-être désormais la crédibilité à accorder aux rapports de A.I. ?

VI. – Le « compte rendu » SF 77 584 dit que le groupe a, « en la personne de deux membres cités plus haut » précisé qu'il se démarquait de mes « déclarations ».

Des déclarations sont quelque chose de public par définition; je n'ai que des opinions, je n'ai jamais fait de déclarations. Il semble, pour me faire un procès d'opinion, et d'opinion fabriquée, que l'on assimile ces « déclarations » à celles de Monsieur Mongo Beti.

Je n'ai que des opinions : celles-ci sont très personnelles et ne copient celles de quiconque.

Elles reposent, quant à elles, non sur une connaissance [PAGE 56] affinée de la réalité politique africaine, comme c'est le cas très logiquement pour Monsieur Mongo Beti, connaissance affinée à laquelle je ne prétends pas du tout, mais sur une terrible exigence de la raison et de la morale. Pour moi, l'impartialité de notre mouvement doit être réelle : elle est trompeuse si elle n'a pas un caractère d'universalité. Tout simple membre de A.I. est gravement responsable s'il ne veille pas à cette nécessaire universalité, à plus forte raison ceux qui peuvent avoir pouvoir de décision ou de refus.

Quels seraient par ailleurs ces 2 membres anonymes qui me prêteraient des « déclarations » ?

On sous-entend là un appel à d'éventuels faux témoignages.

Cette méthode est-elle usuelle dans A.I. ?

VII. – Le « compte rendu » SF 77 584 dit que j'ai une « personnalité tourmentée ».

Ce « diagnostic » est une trouvaille.

Ecoutons plutôt notre Vice-présidente Mme Heller, dans les lettres personnelles qu'elle m'a adressées l'an dernier, lorsqu'elle était encore à la Coordination Maroc :

– Il mars 77 : « ... Je compte bien faire appel à vous, quand ces imprécisions seront levées, pour être la cheville ouvrière d'une telle action. Vous connaissez, par votre travail pour J. très parfaitement la question... »

– 29 mars 77 « ... donc, en ce qui vous concerne, feu vert et carte blanche. Je sais que vous faîtes plus que du mieux... »

– 1er avril 77 : « D'accord pour votre participation à la Campagne « Suédoise »... »

– 5 mai 77 : « ... Félicitations pour tout ce que vous avez pu faire pour lui... » (à propos d'un prisonnier).

– 25 mai 77 : « Merci de vos différents courriers, merci surtout à Edith Trochard pour la communication du dossier Guiringaud pour lequel vous avez l'entière approbation des instances supérieures.

« Par ailleurs j'ai photocopié les pages de votre lettre donnant des conseils pour la correspondance aux prisonniers marocains, et je les ai envoyées à tous les groupes ayant un tel prisonnier pour qu'ils en fassent leur profit. Merci pour eux. Bravo pour l'affaire N.S... »

Ecoutons aussi Madame Celia Fisher (Secrétariat International) :
[PAGE 57]

– 7 avril 77 : « 1 think you are the best people to decide if anything extra can be done » – ceci à propos de la Campagne Maroc 77.

Madame Celia Fisher aurait-elle pu qualifier une petite équipe de « best people » avec pouvoir de décision, si l'une d'elle eût été anormale ?

Quant à la Section française qui tient tant à sa notoriété, à sa bonne renommée, aurait-elle engagé la Commission de médecins collaborant avec elle, à prendre contact avec moi si je n'avais été présentable ni intellectuellement ni moralement ?

Et pourquoi mon groupe me confierait-il des charges nécessitant ordre, clarté, organisation et capacité à fournir du travail effectif, si j'étais ce que le « compte rendu » SF 77 584 fait de moi ?

A coup sûr, on ne comprend plus.

En conclusion, voilà où l'on en est dans la Section française :

Faux reposant sur un anonymat, usage de Faux, détournement de courrier personnel, appel à de faux témoignages, un dossier à tout instant tronqué, faussé, mutilé, un procès d'opinion, et d'opinion fabriquée, accusation d'anomalie aux fins de diffamation.

J'apprends en outre ces jours-ci qu'il y a eu également manipulation : Madame Trochard a reconnu avec une honnêteté intellectuelle remarquable lors de notre séance de travail du 29 septembre, en présence de nos deux secrétaires régionaux, qu'elle avait finalement été manipulée. Un jour, quelqu'un lui aurait parlé d'une prétendue lettre que j'aurais envoyée à un groupe, de la part du nôtre. Elle s'était demandé dans son for intérieur ce qu'avait pu être cette lettre. Elle n'avait pas réalisé sur le moment qu'il s'agissait de ma lettre du 4 juin 77 à Madame Karlsson. Elle a confirmé devant nos secrétaires régionaux qu'elle appuyait le contenu de cette lettre.

Je laisse chacun libre de porter sur le « compte rendu » SF 77 584, et sur les méthodes utilisées pour le fabriquer, le jugement de son choix.

Je désirerais légitimement que me soit donné par écrit le nom du rédacteur anonyme de cette pièce.

Je désirerais savoir qui a mandaté ce rédacteur aux fins de confectionner un pareil « compte rendu ».

Je désirerais connaître quelles sont les deux personnes [PAGE 58] mystérieuses qui auraient fait office d'agents d'inquisition, si jamais elles ont existé en dehors d'une imagination forcenée.

Qu'il leur soit clairement demandé quelles « déclarations » elles me prêteraient.

J'interroge tout spécialement nos braves et honnêtes Secrétaires régionaux :

– quel rôle leur demande-t-on de jouer à leur insu ?

A peine l'institution du Secrétariat Régional est-elle créée que les voilà manipulés : on leur fait croire ce que l'on veut. J.M. Couronne, au cours de notre séance de travail du 29 septembre, a demandé que je lui fournisse copie de ma lettre à Madame Carlsson. Cela est inouï, elle lui avait donc été cachée. Savez-vous pourquoi ?

Parce qu'il y a cette phrase que l'on n'aurait jamais voulu voir : « Nous avons constitué à Rouen tout un dossier sur les cas de torture et d'emprisonnements politiques... dont les dirigeants d'Amnesty International ne veulent pas s'occuper... »

J'interroge nos Secrétaires régionaux et ceux qui ne seraient pas responsables de la rédaction, de la caution et de l'ordre de diffusion du « compte rendu » SF 77 584 :

– les méthodes utilisées à ce propos sont-elles habituelles ? Vont-elles se réitérer ? Sont-elles considérées comme acceptables ?

L'interdiction implicite qui m'est faite de confier mes opinions à mon Chef de Campagne est-elle conforme aux principes de la Déclaration Universelle des DROITS DE L'HOMME ?

Si jamais il a pu y avoir un doute sur le caractère personnel de ma lettre, pourquoi ne pas s'être adressé à moi directement ?

J'ai sous les yeux en écrivant cette lettre, cette image qui est sur la couverture du livret de présentation d'Amnesty : cet HOMME à qui l'on brise la mâchoire à coups de marteau, afin qu'il ne parle pas.

Je vous prie, Messieurs et Mesdames, de vouloir bien agréer l'expression de mes sentiments très respectueux.
[PAGE 59]

*
*  *

6

26 octobre 1978

Edith Trochard
62, rue Thomas-Dubosc
76 000 Rouen
(membre du groupe 15, Rouen)

Amis,

Il me semble utile de m'adresser à tous les militants d'Amnesty International, par l'intermédiaire de leur secrétaire de groupe, pour leur parler de l'impartialité d'Amnesty, en Afrique et de l'exclusion de Mongo Beti.

Adhérente au mouvement A.I. depuis 1970, j'ai participé à la création du groupe 15 de Rouen, et en ai assuré le secrétariat jusqu'en octobre 1976, c'est en cette qualité que j'ai enregistré l'adhésion de Mongo Beti.

Il n'est peut-être pas inutile de préciser que je n'adhère, ni n'ai adhéré a aucun parti politique, ni mouvement autre que Amnesty.

Dès 1975, je me suis aperçue, et je n'étais pas la seule du groupe, que le travail sur l'Afrique était souvent freiné, pour vous expliquer comment la curiosité nous est venue le mieux est de prendre l'ordre chronologique du problème.

JUILLET 1975 : Une grande campagne d'information et d'action sur le Maroc est annoncée par Londres, sans préciser les modalités du déroulement de celle-ci. Le groupe coordination Maroc de la Section française n'organise aucun plan de travail pour guider les groupes, notre groupe se bornera à éditer une carte photo du prisonnier adopté, celle-ci sera envoyée au Roi du Maroc, ce sera le seul acte en France pour cette « Big Campagne »; nous savons que faute de directives les groupes n'ont rien pu faire.

16 JANVIER 1976 : Mme Privat adresse une lettre au chercheur pour l'Afrique qui était à ce moment-là Gerson Konu. Dans cette lettre émanant du sous groupe Maroc, elle écrit « suite à de graves événements, grève de la faim, etc... Une campagne de masse pour le Maroc, est-elle envisagée ? dans le cours de l'année en particulier, le Roi du Maroc doit venir en voyage officiel en France au mois d'Avril; une action d'envergure est-elle envisagée à cette occasion ? »
[PAGE 60]

16 JANVIER 1976 La même lettre est adressée au Secrétariat International.

30 JANVIER 1976 Réponse du Chercheur pour l'Afrique Gerson Konu : « En ce qui concerne l'action à mener, nous pensons qu'une action sous la forme d'une campagne ne serait pas indiquée vu les tensions qui prévalent dans cette région en ce moment... Pour le moment, il est trop tôt pour déterminer si oui ou non les groupes A.I. devraient entreprendre une action spéciale en faveur des prisonniers marocains. »

Il n'est pas répondu à la demande concernant une action à entreprendre ou une démarche éventuelle à l'occasion de la venue à Paris du Roi du Maroc.

10 MARS 1976 : Lettre de Londres répondant au courrier du 16 janvier 1976 : « Il n'y aura pas de campagne Maroc. »

AVRIL 1976 : Le Comité Diocésain d'Information (C.D.I.) de Rouen nous propose d'animer une soirée et présenter A.I. à l'issue de la projection du film « La Dernière Tombe à Dimbaza »; chaque soir de cette semaine de projection, un mouvement animait le débat. Bien entendu nous avons accepté pensant qu'il ne fallait pas manquer une occasion pour nous faire connaître, ce film tourné en Afrique du Sud; dénonce la monstrueuse injustice dans cette partie du monde où 4 millions de blancs ont le niveau de vie le plus élevé du monde, tandis que 18 millions de non blancs ont le niveau de vie le plus bas du monde; seulement pour animer cette soirée, il nous manquait de la documentation sérieuse sur l'Apartheid, nous avons demandé à la Section française de nous aider, cela n'a pas été possible; dans le même temps, j'apprenais au cours d'une conversation téléphonique avec Teddy FolIenfant que M. Médecin, maire de Nice, qui, rappelons-le, a jumelé sa ville avec la ville du Cap en Afrique du Sud, était adhérent à A.I. A ce sujet voir notre compte rendu de réunion du 15-5-1976, qui avait été adressé à tous les groupes.

Toujours à cause de l'animation que nous devions assurer pour cette soirée, je cherchais dans les papiers de la documentation, quand mon attention a été attirée par un projet de compte rendu du C.E. du 31-1-76 (ce document est dans les archives des groupes) à la rubrique :

Relations extérieures nous lisons : « de l'Apartheid A.I.S.F. ne s'engage pas pour le moment »...
[PAGE 61]

FIN AVRIL 1976 :

Pour la première fois je rencontre Mongo Beti, à l'occasion de la projection d'un film que je ne connaissais pas « contre-censure » réalisé par Amnesty Canada; j'ai ainsi découvert qu'il existait au Cameroun une répression aussi terrible que dans d'autres parties du monde, et par la même je découvrais que notre mouvement était extrêmement discret sur ces faits (voir rapport A.I. de 1975-1976). Une phrase qui jusqu'à présent n'avait pas attiré mon attention m'a semblé tout à coup très claire, je veux parler encore une fois du compte rendu du C.E. du 31 janvier 1976, dans lequel on peut lire à la rubrique : Informations et décisions sur les films.

« Il est décidé d'acheter à Nathalie Barton (A.I. Québec) pour 1000 francs une copie du film « Main basse sur le Cameroun » de Mongo Beti mais ne le passer que si, préalablement à la séance, en explique qui est Mongo Beti de façon à préserver l'impartialité d'A.I. »

J'ai vu ce film, c'est pourquoi je me suis rendue compte que cette mise en garde était tout à fait anormale.

Tout d'abord le film n'est pas de Mongo Beti, il a été réalisé par Amnesty Canada; si, pour une part, le réalisateur s'est inspiré du livre, il n'a pas conservé le titre du livre, puisque le film s'intitule « Contre Censure ».

D'autre part il y a dans ce film des témoignages bouleversants de personnes dignes de foi.

1o Un instituteur canadien exerçant au Cameroun, explique comment un matin avec ses élèves, il a vécu l'exécution sur la place publique, d'hommes opposés au régime en place.

2o Une infirmière a une expression douloureuse quand elle nous dit comment elle entendait les cris des torturés, comment elle a été témoin des regroupements des populations au bord des villes afin de mieux les contrôler et les intimider, etc...

3o Un collaborateur de Monseigneur Albert Ndongrno explique comment celui-ci avait édifié une petite industrie, pour donner du travail à ses compatriotes, et leur donner l'espoir d'une véritable indépendance, et comment cette démonstration lui coûta la liberté.

4o Enfin c'est un journaliste du journal « La Croix » qui à son tour apportera son témoignage.

Mongo Beti n'a pas dans ce film une place de Vedette.
[PAGE 62]

Pourquoi dire « Ne le passer que si préalablement à la séance on explique qui est Mongo Beti » ? La réponse est facile, 98 % des groupes ne connaissaient pas Mongo Beti; dans l'impossibilité de dire qui il était, il était certain qu'ils n'allaient pas prendre le « risque » de demander le film « Contre-Censure ». Une fois de plus, on évitait d'éveiller la curiosité sur l'Afrique, sur les emprisonnés et les torturés du continent Africain et en particulier d'une région d'Afrique Francophone.

Aujourd'hui, je pose la question qui, parmi les personnes présentes au C.E. du 31 janvier 1976, a jeté la suspicion sur l'objectivité du film « Contre Censure », en faisant des sous-entendus sur la personne de Mongo Beti ? Etaient présents à ce C.E. : G. Arbey, 0 Bah, P. Chevallier, J. Enlart, T. Follenfant, F. Louis, J.-P. Martel, J. Menault, M. Odier, C. Pallandre, E. Ruffi de Pontèves, M.J. Protais, C. Robin, H. Thierry, S. Verneuil, L. Veil.

Il convient d'observer qu'il n'existe aucune mention restrictive pour d'autres films proposés dans les circulaires A.I.

Je suis obligée de revenir un peu en arrière pour dire comment nous avons entendu parler de Mongo Beti au groupe 15 pour la première fois. Au cours d'une réunion de groupe en février 1976, un membre, Lucienne Voreux, nous a demandé si nous étions au courant des difficultés rencontrées par ce professeur du Lycée Corneille à Rouen, qui, nous dit-elle, est menacé d'expulsion par le gouvernement français; écrivain d'origine camerounaise, il avait en son temps dénoncé le colonialisme, et à présent dénonce le néo-colonialisme; son livre « Main basse sur le Cameroun », nous dit-elle encore, a été saisi et est interdit, et en 1975 son passeport français lui avait été réclamé par le ministère de l'intérieur. Après cet exposé nous avons décidé de transmettre au plus tôt ces informations au Secrétariat International à Londres.

11 MARS 1976 : John Humphreys du département recherches nous fait la réponse suivante : « C'est une coutume usuelle pour les Sections Nationales de prendre en main les cas d'individus qui ont trouvé refuge dans leur pays et qui sont confrontés à la rapatriation vers leur pays d'origine, où ils risquent l'emprisonnement ou autre persécution. De fait la plupart des grandes sections nationales ont un membre de leur comité exécutif dont la tâche [PAGE 63] particulière est de s'occuper de tels problèmes. Je suis sûr que la Section française sera par conséquent en mesure de s'occuper de cette affaire en liaison avec M. Konu en tant que chercheur de l'Afrique Francophone. »

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